- L’ancien président russe Dmitri Medvedev a vivement critiqué le positionnement du Rassemblement national, le qualifiant de « russophobe ».
- Le parti de Marine Le Pen tente de s’éloigner de ses liens historiques avec le Kremlin pour crédibiliser sa stature internationale à l’approche de 2027.
- À Washington, le Rassemblement national fait face à une concurrence d’influence avec la mouvance d’Éric Zemmour auprès des réseaux trumpistes.
Une rupture diplomatique consommée avec le Kremlin

À moins de sept mois du premier tour de l’élection présidentielle de 2027, le paysage diplomatique du Rassemblement national (RN) subit une mutation profonde. Longtemps perçu comme un allié naturel de Moscou sur l’échiquier politique français, le mouvement dirigé par Marine Le Pen fait aujourd’hui l’objet d’attaques directes de la part des autorités russes. Le point de rupture a été atteint suite à la publication d’un communiqué officiel du RN dénonçant fermement la prise de contrôle par l’État russe des actifs d’une grande entreprise française opérant sur son territoire. Cette prise de position a déclenché une réaction virulente de Dmitri Medvedev, ancien président russe et actuel vice-président du Conseil de sécurité de Russie. Ce dernier a fustigé ce qu’il considère comme une dérive « russophobe » du parti, allant jusqu’à accuser le mouvement lepéniste de s’aligner sur les positions européennes classiques concernant le conflit ukrainien. La rupture diplomatique avec le Kremlin marque un tournant dans la stratégie de normalisation internationale opérée par Marine Le Pen pour rassurer l’électorat modéré. Cette hostilité affichée par Moscou souligne une volonté du Kremlin d’exiger des gages de loyauté clairs de la part de ses anciens partenaires européens, à l’heure où d’autres formations souverainistes, notamment en Allemagne, maintiennent une ligne pro-russe plus affirmée.
Le poids des liens historiques et financiers de 2017
Pour comprendre l’ampleur de ce revirement, il convient de rappeler la proximité qui unissait Marine Le Pen à Vladimir Poutine lors des précédentes échéances électorales. En 2017, la candidate du RN avait été reçue en audience privée au Kremlin, une marque de reconnaissance rare pour un chef d’opposition étranger. À cette époque, la doctrine diplomatique du parti reposait sur l’idée d’un « partenariat privilégié » avec la Russie, envisagée comme un contrepoids nécessaire à l’influence de l’OTAN et de l’Union européenne. Cette proximité n’était pas seulement idéologique mais aussi structurelle : faute d’accès au crédit auprès des banques françaises, le Rassemblement national s’était tourné vers des institutions financières russes pour financer sa campagne de 2017. Cependant, le déclenchement de l’invasion de l’Ukraine en 2022 et la multiplication des actions de « guerre hybride » attribuées à Moscou contre les démocraties occidentales ont rendu cette position intenable. Le Rassemblement national s’efforce de gommer l’image d’un partenaire privilégié de Vladimir Poutine pour répondre aux exigences de la scène politique européenne actuelle et éviter les accusations d’ingérence étrangère. Le parti a ainsi progressivement nuancé son discours sur l’aide à l’Ukraine, passant d’une volonté de couper les financements à une demande de réexamen des modalités de soutien, illustrant un équilibrage complexe entre sa base souverainiste et ses ambitions de gouvernement.
Des relations complexes et distantes avec les États-Unis
Si les relations avec l’Est se refroidissent, le rapprochement avec l’Ouest, et plus particulièrement avec la sphère conservatrice américaine, demeure tout aussi laborieux. L’histoire des relations entre Marine Le Pen et l’entourage de Donald Trump est marquée par des rendez-vous manqués. On se souvient qu’en 2017, Marine Le Pen avait été aperçue dans le hall de la Trump Tower à New York, attendant vainement d’être reçue par le président élu. Plus récemment, en février 2025, un nouvel incident a illustré ces tensions : Jordan Bardella avait annulé sa participation à la CPAC (Conservative Political Action Conference), le grand rassemblement des conservateurs américains, après des gestes polémiques de Steve Bannon, ancien conseiller stratégique de Donald Trump. Ce dernier avait d’ailleurs suggéré publiquement à Marine Le Pen de se séparer de Jordan Bardella, jugeant son influence néfaste à la ligne du parti. Malgré des affinités idéologiques apparentes, les liens organiques entre le parti lepéniste et l’aile dure du Parti républicain américain restent inexistants, entravés par des différends de personnalités et de méthodes. Cette distance diplomatique avec Washington place le RN dans une forme de solitude internationale, où le parti ne peut se prévaloir d’aucun soutien de poids au sein des grandes puissances mondiales.
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La concurrence d’Éric Zemmour sur le terrain de l’influence
Ce vide diplomatique au profit du Rassemblement national est partiellement comblé par d’autres acteurs de la droite souverainiste française. Éric Zemmour et sa conseillère Sarah Knafo semblent avoir tissé des liens bien plus denses avec l’appareil idéologique trumpiste. Sarah Knafo est notamment une ancienne élève de l’Institut Claremont, un cercle de réflexion ultra-conservateur basé en Californie. Ce centre de recherche joue un rôle pivot dans l’élaboration de la stratégie de sécurité nationale américaine, préconisant un appui aux mouvements dits « patriotes » en Europe pour redéfinir l’équilibre idéologique du continent. C’est dans ce cadre qu’Éric Zemmour a pu assister à la seconde investiture de Donald Trump, bénéficiant de réseaux qui font aujourd’hui défaut à Marine Le Pen. La concurrence d’Éric Zemmour sur le terrain de la diplomatie parallèle contraint le RN à arbitrer entre recherche de soutiens étrangers et protection de sa crédibilité électorale nationale. Pour Marine Le Pen, la priorité semble désormais être la préservation de son avance dans les sondages d’opinion en France. Dans ce contexte, l’obtention d’un appui officiel de figures internationales clivantes pourrait s’avérer contre-productive, voire coûteuse électoralement, alors que le parti mise sur une stratégie de notabilisation pour remporter l’élection présidentielle d’avril 2027.