- Marine Le Pen et Jordan Bardella ont publié un communiqué d’une fermeté inédite dénonçant les tentatives d’intimidation et de déstabilisation de la Russie.
- Cette prise de position intervient au lendemain d’une réunion à l’Élysée consacrée aux menaces hybrides russes, dans la perspective de l’élection présidentielle de 2027.
- L’ancien président russe Dmitri Medvedev a vivement réagi en qualifiant le parti de « russophobe » et de « parti européen ordinaire ».
- L’opposition dénonce une stratégie de double discours, tandis que des débats internes émergent au sein du parti face à cette volonté de normalisation diplomatique.
Un communiqué d’une fermeté inédite face à Moscou

À la suite d’une réunion au Palais de l’Élysée organisée le vendredi 18 septembre 2026 par le président de la République Emmanuel Macron, les dirigeants du Rassemblement national ont surpris de nombreux observateurs par la dureté de leur réaction écrite. Ce sommet présidentiel, qui réunissait les chefs des différentes formations politiques françaises, était principalement consacré à l’évaluation des menaces hybrides attribuées à la Fédération de Russie. Dès le lendemain, le samedi 19 septembre, une déclaration officielle cosignée par Marine Le Pen et Jordan Bardella a été diffusée publiquement. Le ton employé tranche singulièrement avec les précédentes expressions du parti sur la scène internationale. Les deux figures de proue du mouvement y affirment avec vigueur ne pas tolérer que la Russie espère dicter la politique de la France par l’intimidation, la menace ou la déstabilisation. Cette mise au point conjointe de Marine Le Pen et Jordan Bardella marque une inflexion notable dans le discours officiel du parti à la flamme.
La volonté de lever un obstacle majeur pour la présidentielle de 2027
Ce positionnement offensif s’inscrit dans un calendrier politique hautement stratégique, à l’approche du scrutin présidentiel de 2027. Historiquement, le Rassemblement national a souvent été la cible de critiques virulentes de la part de ses opposants concernant ses liens réels ou supposés avec Moscou. Ses détracteurs rappellent régulièrement l’emprunt financier contracté par le passé auprès d’un établissement bancaire russe, ainsi que la réception solennelle de Marine Le Pen par Vladimir Poutine à Moscou dix ans plus tôt. Pour prétendre à l’exercice du pouvoir suprême, l’entourage de la candidate estime indispensable de lever toute ambiguïté sur la scène diplomatique. Un proche de Marine Le Pen concède ainsi que la fermeté est de mise à l’approche de l’échéance présidentielle. Cette nouvelle posture a d’ailleurs provoqué une réaction immédiate en Russie : l’ancien président Dmitri Medvedev a vivement critiqué sur les réseaux sociaux un « parti européen ordinaire », l’accusant de succomber à la « russophobie ». Pour les stratèges du mouvement, il s’agit d’écarter définitivement les accusations de complaisance envers le Kremlin qui ont pesé sur les précédentes campagnes électorales.
Des tiraillements et des doutes au sein de l’appareil du parti
En interne, ce choix de communication suscite des réactions contrastées et révèle des divergences de sensibilité. Si certains cadres se réjouissent de cette clarification en affirmant que cette prise de distance rend service au parti et arrive à point nommé, d’autres se montrent beaucoup plus perplexes face à cette évolution. Plusieurs élus s’interrogent ouvertement sur l’opportunité d’une telle manœuvre, qu’ils qualifient d’incompréhensible. La crainte sous-jacente pour une partie de la base militante et des cadres est de voir le Rassemblement national perdre son positionnement de rupture pour devenir une formation politique « mainstream », alignée sur les standards diplomatiques traditionnels. Ce débat interne met en lumière la difficulté pour le mouvement de concilier sa stratégie de respectabilité républicaine et la préservation de son identité souverainiste historique. Cette réorientation stratégique suscite des interrogations en interne, certains cadres craignant de perdre la spécificité géopolitique du parti au profit d’une normalisation excessive.
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Le scepticisme persistant des opposants et la question de l’aide à Kiev
Malgré cette offensive de communication, les adversaires du parti, en particulier au sein de la majorité présidentielle, demeurent profondément sceptiques. Ils dénoncent une stratégie du double langage et pointent du doigt les nuances apportées lors des prises de parole publiques. En effet, lors de la conférence de presse organisée à la sortie de l’Élysée par Jordan Bardella et son allié Éric Ciotti, la menace russe a été très peu évoquée, les deux hommes préférant dénoncer une tentative de dramatisation politique de la part du chef de l’État. De plus, la doctrine du parti concernant le conflit en Ukraine reste sujette à caution pour l’opposition. Si Marine Le Pen se dit désormais favorable à l’envoi d’aide matérielle et plaide pour la tenue d’une conférence internationale pour la paix, elle réaffirme son opposition à tout soutien financier direct à Kiev. Un positionnement complexe résumé ainsi par un ancien ministre dubitatif : le Rassemblement national court le risque de ne pas convaincre les pro-Ukrainiens tout en étant qualifié de traître par les courants pro-russes. Les adversaires politiques du Rassemblement national continuent de dénoncer une posture de façade, pointant les contradictions du parti concernant l’aide concrète apportée à Kiev.