- Le projet de loi dit « casseurs-payeurs » sera débattu au Sénat le 27 octobre prochain.
- La mesure vise à imputer les coûts des dégradations aux auteurs via une saisie possible des aides sociales et des APL.
- Le texte introduit une notion de co-responsabilité pour les manifestants présents après sommation de la police.
- Le gouvernement justifie cette initiative par une volonté de responsabilisation face aux violences urbaines récentes.
Un calendrier parlementaire accéléré

Le gouvernement a officialisé, ce lundi 5 octobre, l’inscription à l’ordre du jour du Sénat du projet de loi visant à responsabiliser financièrement les auteurs de dégradations lors de manifestations. Le texte, porté par l’exécutif, sera examiné par la chambre haute le 27 octobre. Cette accélération du calendrier parlementaire intervient dans un contexte marqué par une mobilisation lycéenne ponctuée de violences. Depuis plusieurs jours, les autorités font face à des dégradations répétées de biens publics et d’infrastructures scolaires, des événements qui ont conduit le ministère de l’Éducation à comptabiliser près de 190 élèves blessés depuis le début du mouvement.
Le dispositif « casseurs-payeurs » et ses leviers
L’objectif affiché par l’exécutif est de mettre fin à la prise en charge par la collectivité des dommages causés par une minorité lors de troubles à l’ordre public. Le projet de loi propose de renforcer l’efficacité de la loi de 2019, jugée insuffisante sur ce point. La mesure phare du texte consiste à permettre le prélèvement d’amendes et de dommages et intérêts sur certaines prestations sociales, incluant les aides personnelles au logement (APL) et les allocations familiales. Bien que ce prélèvement soit encadré par le respect d’un « reste à vivre » pour les familles, il constitue une exception notable au principe général d’insaisissabilité des aides sociales.
La notion de co-responsabilité en débat
Outre la sanction financière directe, le texte introduit une disposition sur la « co-responsabilité ». Cette mesure pourrait s’appliquer à toute personne identifiée comme participant à un mouvement violent si celle-ci demeure sur place après les sommations réglementaires des forces de l’ordre. La porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a justifié ce volet par la nécessité d’une réponse collective face à des comportements de dégradation, qu’il s’agisse de mobilier urbain ou d’établissements d’enseignement. Le gouvernement souligne également que ce dispositif vise à interpeller sur la responsabilité parentale, notamment lorsque des mineurs sont impliqués dans ces violences.
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Oppositions et critiques sur la portée du texte
Le projet de loi fait l’objet de vives critiques de la part des oppositions parlementaires et des organisations syndicales. Mathilde Panot, présidente du groupe insoumis à l’Assemblée nationale, a qualifié ce texte « d’arme de répression massive ». La parlementaire conteste notamment la charge de la preuve, estimant que le texte pourrait contraindre les individus à démontrer leur innocence, ce qu’elle juge contraire aux principes de l’État de droit et potentiellement inconstitutionnel. De son côté, la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, a dénoncé une « annonce populiste », exprimant sa crainte que ces sanctions n’affectent prioritairement les familles les plus précaires.
Une réponse politique aux troubles actuels
La présentation de ce texte, qui avait été introduite en Conseil des ministres mi-septembre par le ministre de l’Intérieur Sébastien Lecornu, s’inscrit dans une séquence politique où l’exécutif cherche à durcir sa réponse face à la violence. L’exécutif insiste sur le principe d’équité, arguant que les impôts des contribuables ne doivent pas servir à financer les réparations liées aux exactions. Le débat au Sénat à la fin du mois d’octobre sera l’occasion d’une confrontation entre la volonté gouvernementale de fermeté et les inquiétudes portées par les acteurs sociaux et politiques sur les risques de dérive juridique et d’injustice sociale.