- Près de 700 élus et acteurs locaux se réunissent à Longuenesse pour le onzième Congrès de l’AMF62, centré sur la gestion des crises successives.
- Le président de l’association, Frédéric Leturque, dénonce un déséquilibre croissant entre les compétences imposées aux communes et la baisse des dotations étatiques.
- Face à l’inflation et au recul démographique, les élus du Pas-de-Calais entendent peser sur les débats de la prochaine élection présidentielle.
Un rassemblement sous le signe de la résilience locale

Le 1er octobre 2026, la commune de Longuenesse, dans le Pas-de-Calais, devient le centre névralgique de la politique locale départementale. Ce onzième Congrès de l’Association des maires du Pas-de-Calais (AMF62) réunit près de 700 maires, présidents d’intercommunalités et acteurs publics majeurs du territoire. Cette édition se tient dans un contexte particulièrement dense, marqué par la récurrence de perturbations systémiques majeures. Depuis plusieurs années, les élus locaux du Pas-de-Calais se retrouvent en première ligne face à une succession ininterrompue de crises de natures diverses : de la crise sanitaire du Covid-19 aux inondations dévastatrices, en passant par le tragique attentat d’Arras, les feux de forêt, les vagues de chaleur successives, les sécheresses, la hausse du coût de l’énergie et des contraintes budgétaires de plus en plus lourdes. Ce panorama contraint les municipalités à réévaluer en permanence leurs méthodes d’anticipation, de planification et d’action. Près de 700 maires et décideurs locaux se rassemblent à Longuenesse pour dresser le bilan d’un mandat marqué par une accumulation inédite de crises.
L’impératif d’une culture collective du risque
Face à cette instabilité chronique, Frédéric Leturque, maire d’Arras et président de l’AMF62, insiste sur la nécessité de dépasser la simple notion de solidarité spontanée pour bâtir une organisation rigoureuse. L’enjeu prioritaire consiste à structurer et à consolider les outils existants, tels que les plans de sauvegarde communaux, et à fluidifier la coordination entre les municipalités, les forces de l’ordre (police et gendarmerie), les pompiers, la protection civile et les associations d’aide humanitaire comme la Croix-Rouge. Cette structuration s’avère d’autant plus cruciale pour les petites communes, dont l’ingénierie interne et les ressources financières demeurent limitées. L’association souhaite également diffuser cette culture du risque auprès de la population elle-même. Parmi les projets concrets évoqués figure l’élaboration de « kits d’urgence » individuels pour inciter les habitants à anticiper une éventuelle évacuation. De même, la gestion des épisodes caniculaires, bien que mieux encadrée depuis les années 2000 grâce au recensement des personnes isolées ou fragiles, pose désormais la question de l’adaptation durable des infrastructures publiques. Pour l’AMF62, la gestion opérationnelle des risques impose de structurer des réflexes collectifs avec l’État tout en développant une véritable pédagogie de la prévention auprès des citoyens.
La contrainte budgétaire face aux défis structurels
L’adaptation climatique et technique se heurte toutefois à une réalité financière complexe. Pour Frédéric Leturque, il n’est pas envisageable de climatiser l’intégralité des établissements scolaires du département. Les collectivités doivent prioriser les investissements à long terme et privilégier des solutions de bon sens, à l’instar de l’installation de volets, de systèmes de ventilation adaptés ou de la création d’espaces de fraîcheur. Cette nécessaire sobriété budgétaire rejoint un autre dossier sensible et récurrent pour les communes rurales et périurbaines : l’ajustement de la carte scolaire. Confrontées à une baisse de la démographie locale, de nombreuses municipalités se retrouvent à devoir entretenir ou rénover des infrastructures scolaires devenues trop vastes et inadaptées aux effectifs réels. La baisse de la démographie et les arbitrages financiers contraignent aujourd’hui les maires à repenser la carte scolaire et la gestion d’équipements publics devenus trop coûteux.
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L’élection présidentielle comme levier de négociation
Au-delà de la gestion technique de l’immédiat, le congrès de Longuenesse revêt une dimension éminemment politique, notamment dans la perspective des futures élections présidentielle et législatives. Les élus du Pas-de-Calais dénoncent un déséquilibre grandissant entre l’accroissement des responsabilités transférées par l’État et la diminution continue des dotations budgétaires. Selon le président de l’AMF62, cette formule consistant à « faire toujours plus avec moins » pousse un nombre croissant de communes, en particulier les plus fragiles, vers des difficultés financières insolubles. L’association réclame ainsi une refondation complète des relations entre l’État et les territoires, basée sur une autonomie renforcée et une relation de confiance mutuelle, loin du procès récurrent en mauvaise gestion fait aux collectivités locales. À l’approche des scrutins nationaux, les élus du Pas-de-Calais entendent porter au cœur du débat présidentiel la question de la viabilité financière et de l’autonomie des communes.
La lutte contre l’isolement des maires
Cette dynamique territoriale repose aussi sur la volonté de rompre l’isolement des maires, souvent confrontés seuls à des prises de décisions complexes. Frédéric Leturque rappelle qu’un précédent congrès, centré sur la problématique de l’eau, avait anticipé les risques de sécheresse et d’inondation peu de temps avant que des crues historiques ne frappent un tiers des communes du Pas-de-Calais. Cet épisode dramatique avait alors mis en lumière l’efficacité d’un dialogue resserré entre la préfecture, la Région et les échelons municipaux. Le congrès de Longuenesse, prolongé tout au long de l’année par des initiatives telles que l’Université d’été, vise ainsi à solidifier ce réseau d’entraide et de concertation technique, au-delà des clivages partisans. En favorisant le dialogue multipartite et la coopération locale, l’AMF62 cherche à briser la solitude des maires face aux enjeux de sécurité et d’aménagement.