- Carcassonne devient la deuxième ville de France, après Nice, à ériger un monument en hommage aux victimes du 7 octobre 2023.
- Le maire RN Christophe Barthès a choisi d’exclure les élus du groupe de gauche Carcassonne Unie de la cérémonie officielle.
- L’opposition municipale dénonce une instrumentalisation politique de la mémoire des victimes.
- La préfecture de l’Aude a fait savoir qu’elle ne serait pas représentée lors de cette inauguration.
Un hommage municipal inédit dans l’Aude

La ville de Carcassonne s’apprête à marquer l’actualité commémorative nationale. Trois ans après les attaques terroristes perpétrées par le Hamas en Israël, qui ont coûté la vie à près de 1 200 personnes, dont 42 ressortissants français ou franco-israéliens, une stèle en souvenir des victimes est inaugurée ce mercredi à 11 heures. Installé au sein du jardin du square André-Chénier, l’édifice fait de la cité audoise la deuxième commune de France à adopter un tel monument mémoriel permanent, après Nice en 2024.
Trois ans après les attaques du 7 octobre 2023, Carcassonne devient la deuxième commune française à ériger un monument commémoratif permanent. L’événement est présidé par le maire Rassemblement national, Christophe Barthès, élu à la tête de la municipalité en mars dernier. La cérémonie se déroule en présence de Louis Aliot, vice-président du parti et maire de Perpignan, soulignant l’importance accordée à ce rassemblement par les instances du mouvement.
Une rupture protocolaire assumée par la municipalité
Le déroulement de cette journée d’hommage s’accompagne toutefois d’une vive tension politique locale. Lors du dernier conseil municipal, le maire a réaffirmé sa volonté de maintenir un cadre strict, déclarant que la cérémonie devait impérativement demeurer « un moment de recueillement, de dignité et de respect envers les victimes et leurs familles ». Cependant, en déviation par rapport aux coutumes républicaines régissant habituellement les cérémonies officielles, le maire a fait le choix explicite d’écarter l’opposition municipale de gauche.
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En rompant avec les usages républicains, l’édile justifie l’absence d’invitation par les positions prises à l’échelle nationale par certaines figures de la gauche. Pour motiver cette mise à l’écart du groupe dirigé par Alix Soler-Alcaraz, Christophe Barthès a mis en avant les déclarations publiques faites sur le conflit par des responsables nationaux comme Jean-Luc Mélenchon ou Philippe Poutou. L’élu a publiquement exprimé son souhait de voir ses opposants faire preuve de la « décence de ne pas venir » à la commémoration.
Les répercussions du scrutin législatif de 2024
Cette mise au ban puise une partie de ses racines dans la récente histoire politique locale. Le maire de Carcassonne vise notamment le soutien apporté à l’époque par la gauche locale à Philippe Poutou, figure du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA). Ce dernier avait publiquement affirmé un « soutien plein et entier à la lutte des Palestiniens pour leur émancipation, y compris par la lutte armée ». Cette posture avait suscité d’importantes controverses à travers le paysage politique français.
Cette décision municipale s’inscrit dans la continuité du duel électoral de 2024 opposant la majorité locale au Nouveau Front populaire. Lors des élections législatives anticipées de 2024, Philippe Poutou avait été investi sous la bannière du Nouveau Front populaire dans la circonscription audoise. Au second tour de ce scrutin, Christophe Barthès, également viticulteur de profession, l’avait emporté avec 61,4 % des suffrages exprimés contre 38,6 % pour son adversaire. Le contentieux né de cet affrontement électoral continue d’irriguer le débat public communal.
Une opposition municipale indignée
La réaction des élus d’opposition ne s’est pas fait attendre. Par l’intermédiaire du groupe Carcassonne Unie, les conseillers municipaux de gauche ont vivement dénoncé leur exclusion de l’hommage. Dans une prise de parole diffusée sur les réseaux sociaux, ils affirment que le maire « souille aujourd’hui cette mémoire à des fins politiciennes », qualifiant l’initiative municipale de « manœuvre aussi pitoyable que grossière ».
Les représentants de la gauche carcassonnaise accusent la municipalité de dévoyer un acte de recueillement à des fins de stratégie politique. Malgré le refus formulé par la mairie, les membres de l’opposition soutiennent fermement qu’ils n’ont « besoin ni de l’invitation, ni de l’autorisation » du premier édile pour se recueillir et rendre hommage aux personnes disparues. Ce bras de fer politique illustre la fracturation durable du conseil municipal autour des enjeux mémoriels.
Un contexte sécuritaire renforcé et une réserve de l’État
Au-delà du conflit politique municipal, l’événement fait l’objet d’une vigilance particulière des autorités. Un dispositif spécifique de surveillance et de sécurisation a été déployé aux abords du square André-Chénier depuis le début de la semaine afin de prévenir tout incident ou dégradation de l’ouvrage commémoratif.
La préfecture de l’Aude a choisi de ne pas envoyer de représentant, soulignant la singularité politique entourant cette commémoration. L’absence signalée des services préfectoraux marque une distance notable de la part de la représentation de l’État lors de ce rassemblement municipal, dans un climat d’attention soutenue porté à la tranquillité publique autour de cette inauguration.