- L’Assemblée générale de l’ONU a adopté une résolution pour remplacer la projection de Mercator par la carte « Equal Earth ».
- Le texte, porté par l’Union africaine, a recueilli 164 voix pour, six abstentions et un vote contre, celui des États-Unis.
- Cette nouvelle projection corrige les distorsions géographiques historiques qui minimisaient la taille réelle de l’Afrique et de l’Amérique latine.
- L’administration de Donald Trump a rejeté la mesure, qualifiant le débat cartographique de secondaire face aux enjeux de sécurité.
Un vote historique pour réformer la représentation du monde
L’Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies (ONU) a franchi un pas symbolique et politique majeur en adoptant une résolution visant à modifier la représentation cartographique officielle du globe. Porté à l’origine par l’Union africaine et soutenu activement par l’ensemble des pays européens, ce texte diplomatique prévoit d’abandonner progressivement la traditionnelle projection de Mercator au profit du modèle dit « Equal Earth », jugé beaucoup plus respectueux des proportions réelles des différents continents et des nations. Le scrutin s’est soldé par une écrasante majorité de 164 voix pour, six abstentions et une unique opposition ferme : celle des États-Unis. Ce vote traduit une volonté partagée par une large partie de la communauté internationale de rompre avec une vision du monde qui privilégie visuellement l’hémisphère Nord au détriment du Sud global, posant ainsi les bases d’une réorganisation symbolique des rapports de force internationaux.
Les distorsions historiques de la projection de Mercator
Pour comprendre les enjeux profonds de cette décision onusienne, il faut remonter au XVIe siècle, à l’époque des grandes découvertes et de l’expansion coloniale européenne. La carte du monde la plus couramment utilisée aujourd’hui dans les écoles, les administrations et les médias a été conçue par Gerardus Mercator, un célèbre géographe et cartographe né en Flandres en 1512. Destinée avant tout à faciliter la navigation maritime en préservant les angles et les trajectoires rectilignes des navires sur des surfaces planes, cette projection de navigation comporte un biais géométrique majeur et inévitable : plus un territoire s’éloigne de l’équateur terrestre, plus sa surface apparaît agrandie de manière disproportionnée. Cette déformation cartographique historique fait apparaître le Groenland aussi vaste que le continent africain, alors que l’Afrique est en réalité quatorze fois plus grande. De la même façon, l’Amérique latine et l’Asie du Sud se trouvent considérablement réduites sur les planisphères de Mercator par rapport à leur superficie géographique réelle, altérant durablement notre perception collective des masses terrestres.
La dimension géopolitique derrière le choix des cartes
La cartographie n’est pas une simple discipline scientifique ou technique neutre · elle constitue un instrument d’influence culturelle, d’éducation et de projection politique de premier plan. La projection « Equal Earth », désormais privilégiée par l’organisation internationale, s’efforce de restituer aux pays du Sud leur véritable dimension physique sur le papier. En conséquence, ce rééquilibrage réduit la taille apparente des nations situées plus au nord de l’équateur, notamment l’Amérique du Nord et l’Europe. Pour les promoteurs africains et européens de cette réforme, cette nouvelle carte corrige ce qu’ils considèrent comme une injustice visuelle et mentale globale. Le ministre des Affaires étrangères du Togo a d’ailleurs souligné l’importance stratégique de ce changement de représentation : « Elles façonnent notre compréhension du monde, orientent l’éducation, nourrissent l’imaginaire et influencent les perceptions collectives. Elles ne sont jamais neutres », a-t-il déclaré devant l’assemblée, rappelant que l’image mentale de la taille d’un État influe directement sur la perception de sa puissance économique et politique.
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L’opposition de Washington et la guerre de la géographie
C’est précisément cette modification des équilibres visuels qui explique le rejet catégorique exprimé par les États-Unis. Dans la nouvelle projection « Equal Earth », le territoire américain apparaît strictement conforme à sa superficie réelle, ce qui le rend visuellement plus petit que dans la représentation traditionnelle de Mercator. Face à ce déclassement visuel, la diplomatie américaine, sous l’égide de l’administration de Donald Trump, a exprimé son vif désaccord et fustigé la futilité présumée de ce débat à l’ONU. La représentante américaine a vivement critiqué l’ordre du jour de l’instance multilatérale, affirmant que « plutôt que de se concentrer sur les véritables enjeux de paix internationale, de prospérité ou de bonnes relations entre les pays, cette instance débat de projets cartographiques datant du XVIe siècle ». Cette confrontation illustre à quel point la géographie demeure un outil de souveraineté nationale hautement stratégique. À travers l’histoire, chaque puissance a tenté de centrer le monde autour de ses propres intérêts : l’Europe place traditionnellement l’Europe au centre, tandis que la Chine dessine des cartes centrées sur l’Asie. Cette lutte pour le contrôle des représentations se poursuit, puisque la Russie de Vladimir Poutine a d’ores et déjà décrété « 2027 année de la géographie », prévoyant de publier de nouvelles cartes officielles russes alignées sur sa propre vision géopolitique.