- À huit mois du scrutin, la course à la succession d’Emmanuel Macron s’accélère alors que le président sortant ne peut pas se représenter.
- Marine Le Pen mène actuellement les intentions de vote autour de 35 % au premier tour selon les dernières enquêtes d’opinion.
- La majorité sortante se divise entre les ambitions d’Édouard Philippe, soutenu par plusieurs cadres, et de Gabriel Attal.
- À gauche, Jean-Luc Mélenchon entame sa quatrième campagne élyséenne dans un paysage politique profondément fragmenté.
Un scrutin présidentiel marqué par le renouvellement de l’exécutif

L’échéance présidentielle du printemps 2027 se précise alors que le second mandat d’Emmanuel Macron touche à sa fin. En vertu de la Constitution française, le chef de l’État, au pouvoir depuis mai 2017, ne peut briguer un troisième mandat consécutif, libérant ainsi définitivement la place à l’Élysée le 13 mai 2027. Le scrutin majoritaire uninominal à deux tours se tiendra les 18 avril et 2 mai 2027, marquant une transition politique majeure pour le pays. À huit mois de cette échéance cruciale, l’arène politique se structure autour de candidatures déjà déclarées et d’autres en cours de structuration. Pour figurer sur le bulletin de vote au premier tour, chaque prétendant devra franchir l’étape obligatoire du recueil de 500 parrainages d’élus locaux. Lors de la précédente élection en 2022, douze candidats avaient réussi à obtenir ces signatures requises, contre un record historique de seize postulants enregistré lors du scrutin de 2002. Les grandes manœuvres ont ainsi débuté pour tenter de stabiliser des blocs politiques particulièrement fragmentés. Actuellement, les enquêtes d’opinion placent Marine Le Pen, la candidate du Rassemblement national, en position de force avec environ 35 % des intentions de vote au premier tour, un score qui la propulserait en tête des dynamiques initiales et victorieuse dans plusieurs scénarios de second tour. Cependant, la multiplication des candidatures au centre et à droite pourrait complexifier l’accès au second tour, d’autant que la tenue de primaires d’investiture reste incertaine ou rejetée par plusieurs formations.
L’extrême droite et la droite républicaine en ordre de marche
Du côté du Rassemblement national, Marine Le Pen, âgée de 58 ans, s’est lancée officiellement dans sa quatrième campagne présidentielle. Malgré une condamnation prononcée le 7 juillet par la cour d’appel de Paris dans l’affaire des assistants parlementaires européens du Front national, la députée a formé un pourvoi en cassation, ce qui lui permet de maintenir sa candidature. Son alliance interne est scellée avec Jordan Bardella, l’actuel président du parti âgé de 31 ans, pressenti pour Matignon en cas d’accès au pouvoir. À droite, la situation se révèle plus complexe et contestée. Chez Les Républicains, le sénateur de la Vendée Bruno Retailleau, 65 ans, a été désigné candidat officiel après un vote interne des adhérents en avril, ayant réuni 73,8 % des voix de sa formation. Cette désignation directe a écarté l’hypothèse d’une primaire ouverte, mais la dynamique de campagne de l’ancien ministre de l’Intérieur peine à s’enclencher. Cette situation suscite des interrogations à droite face à la concurrence de forces alternatives. Parmi elles, le maire libéral de Cannes David Lisnard, 57 ans, fondateur de Nouvelle Énergie et président de l’Association des maires de France, s’est déclaré candidat dès janvier et milite activement pour l’organisation d’une primaire élargie. Parallèlement, le camp souverainiste compte plusieurs déclarations dont celles de Nicolas Dupont-Aignan pour Debout la France, François Asselineau pour l’Union populaire républicaine, et Florian Philippot pour Les Patriotes.
La succession disputée au sein de la majorité sortante
Au centre et au centre-droit, la succession d’Emmanuel Macron donne lieu à une confrontation ouverte entre deux de ses anciens Premiers ministres. D’un côté, Édouard Philippe, 55 ans, à la tête du parti Horizons, a officialisé sa démarche dès septembre 2025. Sa légitimité s’est trouvée renforcée par sa victoire lors des élections municipales au Havre en mars. Crédité d’environ 17 % des intentions de vote dans les sondages récents, Édouard Philippe axe sa campagne sur un programme de réformes structurelles profondes, promettant une baisse substantielle des dépenses publiques. Il bénéficie du soutien de plusieurs figures notables de la majorité, à l’instar du ministre de la Justice Gérald Darmanin ou de la porte-parole du gouvernement Maud Brégeon. Cependant, le maire du Havre doit composer avec une procédure judiciaire ouverte par le Parquet national financier pour des soupçons de détournement de fonds publics et de favoritisme autour de la Cité numérique du Havre. La rivalité interne s’est intensifiée avec la déclaration de candidature tardive de Gabriel Attal. L’ancien chef de gouvernement et actuel secrétaire général de Renaissance s’est positionné fin mai depuis l’Aveyron. À 37 ans, le député des Hauts-de-Seine a mené une campagne active durant la période estivale, cherchant à combler son retard dans les enquêtes d’opinion face à Édouard Philippe, tout en se heurtant au refus de ce dernier de participer à une primaire de la majorité.
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Une gauche fracturée face à l’affirmation de Jean-Luc Mélenchon
À gauche de l’échiquier politique, l’équation demeure tout aussi complexe et polarisée. Jean-Luc Mélenchon, le leader de La France insoumise âgé de 75 ans, s’est lancé le 3 mai dans ce qui constitue sa quatrième tentative d’accession à l’Élysée. Fort de ses 22 % obtenus lors du premier tour de l’élection de 2022, où il avait échoué à se qualifier pour le second tour pour seulement 420 000 voix, l’ancien sénateur entend s’imposer comme le point de ralliement naturel de son camp. Lors d’un rassemblement à Saint-Denis le 7 juin, commune conquise par son parti lors des municipales de mars, il a appelé à l’avènement d’une transition politique d’ampleur. Toutefois, sa stratégie de rupture et sa ligne politique divisent profondément les différentes composantes de la gauche française, qui envisagent de leur côté l’organisation d’une primaire sans La France insoumise en octobre. La dispersion des candidatures à gauche pourrait compliquer la réitération de la performance de 2022. En marge des grands blocs, une multitude de candidatures alternatives issues de sensibilités écologistes, citoyennes ou d’extrême gauche se sont fait connaître, à l’image d’Anasse Kazib pour Révolution permanente, de Selma Labib pour le Nouveau Parti anticapitaliste ou d’Antoine Mikolajczak pour Équinoxe. La capacité de ces différents courants à rassembler les parrainages d’élus s’avérera décisive pour la configuration finale du scrutin.