- Les émissaires américains Steve Witkoff et Jared Kushner ont mené des discussions à Moscou et Kiev pour tenter de trouver une issue au conflit.
- Le président ukrainien Volodymyr Zelensky estime que les combats vont se prolonger durant l’hiver, faute d’accord sur la question territoriale.
- Vladimir Poutine exige un retrait ukrainien de la région de Donetsk, tandis que Kiev refuse toute concession territoriale sans négociations directes entre dirigeants.
- Une trêve temporaire de trois jours a suspendu les frappes sur les capitales, mais les combats et les attaques de drones se poursuivent activement ailleurs sur le front.
Une médiation américaine inédite mais sans percée immédiate

Depuis son retour à la Maison Blanche au début de l’année 2025, l’administration de Donald Trump s’est engagée dans une série d’initiatives diplomatiques visant à trouver une issue au conflit provoqué par l’invasion de l’Ukraine en 2022. C’est dans ce cadre que Jared Kushner et Steve Witkoff ont mené une mission de premier plan, se rendant successivement à Moscou puis à Kiev. Au cours de ce déplacement, qui constitue leur première visite officielle sur le sol ukrainien depuis le début de leur médiation, les deux émissaires ont rencontré le président russe Vladimir Poutine durant trois heures samedi soir, avant de s’entretenir avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Bien que Steve Witkoff ait qualifié ces discussions de « significatives » et affirmé disposer des éléments nécessaires pour rapprocher les deux parties, la réalité du terrain impose une vision plus mesurée.
Cette première visite conjointe des émissaires américains marque une nouvelle étape dans l’effort diplomatique de Washington, bien qu’aucun résultat concret n’ait encore été obtenu. Les émissaires ont insisté sur la nécessité pour Kiev et Moscou de consentir à des compromis mutuels, tout en maintenant le flou sur les détails précis du plan de paix américain, alors que Donald Trump a simplement affirmé avoir « une idée pour la paix » sans préciser si elle implique des cessions de territoires de la part de l’Ukraine.
L’obstacle persistant de la question territoriale
Le principal point de friction entre les belligérants demeure l’épineuse délimitation des frontières et le contrôle des provinces revendiquées. Moscou exige en effet comme condition préalable le retrait intégral des forces armées ukrainiennes de la région de Donetsk, située dans l’est du pays. Cette revendication est rejetée en bloc par Kiev, qui y voit une atteinte inacceptable à sa souveraineté nationale. Face à ces exigences, Volodymyr Zelensky a réaffirmé sa doctrine diplomatique : les décisions majeures concernant l’intégrité du territoire ne peuvent être tranchées que lors de rencontres directes entre les chefs d’État concernés. Or, Vladimir Poutine refuse systématiquement de s’entretenir directement avec son homologue ukrainien.
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Pour le président ukrainien, le règlement de la souveraineté territoriale ne peut s’opérer qu’au plus haut niveau de l’État, une perspective actuellement bloquée par le refus de Vladimir Poutine de s’entretenir directement avec lui. Cette impasse pousse les autorités ukrainiennes à se préparer à un enlisement des opérations militaires au-delà de l’automne, le chef de l’État ukrainien anticipant publiquement une prolongation de la guerre durant la saison hivernale.
Une coordination internationale accrue à Kiev
Conscient que la médiation menée par les États-Unis pourrait redéfinir les termes du soutien occidental, Volodymyr Zelensky s’efforce d’associer ses alliés historiques européens aux discussions. Parallèlement aux échanges avec le duo Kushner-Witkoff, une session de travail élargie s’est tenue à Kiev en présence de délégations européennes. Parmi les participants figuraient notamment le conseiller diplomatique français Emmanuel Bonne, le conseiller britannique Jonathan Powell et l’Allemand Günter Sautter. Pour Kiev, cette démarche collective vise à s’assurer que les intérêts stratégiques européens et ukrainiens ne seront pas occultés par une éventuelle entente bilatérale entre Washington et Moscou.
La présence de conseillers français, allemands et britanniques aux côtés de la délégation ukrainienne souligne la volonté de Kiev de maintenir un front uni avec ses partenaires européens face à la médiation de Washington. Devant la presse, le dirigeant ukrainien a d’ailleurs explicitement rappelé qu’il comptait sur la pérennité de l’appui de l’Union européenne si les hostilités devaient, comme tout le laisse présager, se poursuivre durant l’hiver.
Trêve symbolique sur les capitales et poursuite des hostilités
Sur le plan militaire, la mission des émissaires de Donald Trump a donné lieu à un geste d’apaisement temporaire mais géographiquement très restreint. Le Kremlin a ainsi décrété une suspension de trois jours de ses frappes aériennes ciblant la capitale ukrainienne, du samedi au lundi inclus. En réciprocité, la présidence ukrainienne a ordonné un gel similaire des attaques dirigées contre Moscou sur la même période. Toutefois, cette trêve hautement politique n’a en rien ralenti l’intensité globale de la guerre, qui reste le conflit le plus meurtrier en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale. Durant la seule nuit de samedi à dimanche, les forces russes ont lancé un assaut massif composé de 108 drones et de missiles à travers l’Ukraine, touchant 11 sites malgré l’interception de la majorité des projectiles par la défense ukrainienne.
L’arrêt temporaire des bombardements réciproques sur Kiev et Moscou n’a pas ralenti l’intensité des combats sur le reste des territoires ukrainien et russe. De son côté, la défense antiaérienne russe a affirmé avoir neutralisé 258 drones ukrainiens, tandis qu’un incendie, présumé toucher une raffinerie selon des sources d’information locales, s’est déclaré dans la ville de Riazan, au sud-est de la capitale russe.
Le scepticisme d’une population éprouvée
Dans les rues de Kiev, l’annonce de ces tractations suscite un mélange d’espoir et de profond scepticisme parmi les civils. Pour les personnes déplacées par les combats, à l’image d’Ioulia, une femme de ménage de 41 ans originaire des territoires aujourd’hui sous occupation russe, la paix ne saurait s’envisager sans la préservation absolue de l’intégrité géographique du pays. D’autres citoyens doutent ouvertement de l’efficacité réelle de ces initiatives. C’est le cas de Iaroslav, un habitant de la capitale âgé de 29 ans, qui rappelle que de nombreuses vagues de négociations se sont déjà succédé depuis 2022 sans parvenir à faire taire définitivement les armes.
Entre l’espoir de préserver l’intégrité du territoire national et la lassitude face à des pourparlers infructueux, la population civile ukrainienne exprime des doutes quant à l’issue de cette médiation. Alors que la perspective d’un nouvel hiver de guerre se dessine, le dialogue engagé par l’administration américaine doit encore surmonter l’intransigeance des deux capitales pour espérer aboutir à un accord viable.