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vendredi 11 septembre 2026
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Maroc : des élections législatives sous le signe des tensions sociales et politiques

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Maroc : des élections législatives sous le signe des tensions sociales et politiques
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L’essentiel
  • Le 23 septembre 2026, plus de 15 millions d’électeurs marocains sont appelés à élire les 395 députés de la Chambre des représentants.
  • La coalition gouvernementale sortante, menée par le Premier ministre Aziz Akhannouch, aborde le scrutin divisée après la rupture entre le RNI et le PAM.
  • La crise de l’emploi, marquée par un taux de chômage des jeunes de 37 %, et les retards de reconstruction post-séisme dominent les débats.
  • L’opposition islamiste du Parti de la justice et du développement (PJD) tente d’orchestrer son retour politique en ciblant les monopoles.

Un scrutin décisif pour la gouvernance du Royaume

Maroc : des élections législatives sous le signe des tensions sociales et politiques

Le 23 septembre 2026, plus de 15 millions d’électeurs marocains sont attendus aux urnes pour élire les 395 députés de la Chambre des représentants, un scrutin indirectement décisif pour la désignation du futur chef du gouvernement. Cette échéance électorale marque la fin d’un cycle politique entamé lors des législatives du 8 septembre 2021, qui avaient vu l’accession au pouvoir d’Aziz Akhannouch. Ce dernier dirige depuis lors une coalition tripartite associant son parti, le Rassemblement national des indépendants (RNI), le Parti authenticité et modernité (PAM), et l’Istiqlal, formation historique de tendance royaliste. Cinq ans après ce basculement politique, la coalition sortante tente de conserver les rênes du pouvoir dans un climat caractérisé par des fractures socio-économiques persistantes à travers le pays. Le scrutin du 23 septembre s’annonce comme un test majeur pour la coalition tripartite sortante, confrontée au bilan de son action face aux attentes croissantes de la population. Au total, ce sont 27 formations politiques qui se disputent les suffrages, illustrant la diversité mais aussi le morcellement de l’offre politique nationale dans un contexte où la participation citoyenne demeure un enjeu crucial pour la légitimité des futures institutions.

La crise de Ceuta et le malaise de la jeunesse au cœur des débats

La campagne électorale s’ouvre sous l’ombre portée de crises sociales aiguës, au premier rang desquelles figurent les événements survenus en août dernier à la frontière de Ceuta. Les tentatives d’exode massif de milliers de jeunes Marocains vers cette enclave espagnole ont provoqué une prise de conscience brutale au sein de la société et de la classe politique. Cet épisode dramatique a révélé l’ampleur du désespoir économique d’une partie de la jeunesse, confrontée à l’absence de perspectives d’avenir. Pourtant, face à ce signal d’alarme, le débat politique a glissé vers des considérations territoriales et diplomatiques. Plusieurs partis en campagne ont choisi d’orienter leur discours vers des revendications nationalistes, réclamant la restitution des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, plutôt que d’apporter des réponses concrètes à la crise sociale. Les événements de Ceuta ont mis en lumière le désarroi d’une partie importante de la jeunesse marocaine, un sujet sensible que les partis peinent à traduire en réformes structurelles dans leurs programmes respectifs, préférant parfois la rhétorique souverainiste aux solutions socio-économiques d’urgence.

Le lourd héritage du séisme d’Al-Haouz et les retards de reconstruction

Un autre foyer de mécontentement réside dans la gestion des conséquences du séisme dévastateur d’Al-Haouz, qui avait frappé la région le 8 septembre 2023. Cette catastrophe naturelle avait causé la mort de plus de 2 900 personnes et fait plus de 5 500 blessés. Trois ans après le drame, la reconstruction patine et de nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer l’inefficacité et les lenteurs de l’appareil d’État. Selon la Coordination nationale des victimes du séisme d’Al-Haouz, plus de 3 000 familles touchées affirment n’avoir reçu aucune des indemnisations ou des aides publiques pourtant promises par les autorités. Des témoignages de sinistrés, à l’instar d’un habitant de 72 ans vivant toujours au milieu des ruines de sa demeure et se plaignant d’un parcours administratif sans fin, illustrent le sentiment d’abandon qui prévaut chez une partie des citoyens de cette région montagneuse. La lenteur administrative dans l’attribution des aides post-séisme cristallise la colère des populations sinistrées, qui voient dans le rendez-vous électoral du 23 septembre une opportunité d’exprimer leur mécontentement et d’exiger des comptes aux partis de la majorité sortante.

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La crise de l’emploi et l’offensive de l’opposition islamiste

La question économique, et plus particulièrement celle de l’emploi, s’impose comme le principal cheval de bataille de l’opposition. Le Maroc comptabilisait officiellement 1,6 million de chômeurs en 2025, touchant de plein fouet les jeunes de 15 à 24 ans avec un taux de chômage supérieur à 37 %. Le Parti de la justice et du développement (PJD), d’orientation islamiste, tente de se repositionner après sa défaite de 2021. Son programme cible l’incapacité gouvernementale à créer des emplois malgré la croissance. Le PJD propose notamment d’augmenter la fiscalité des entreprises en situation de monopole pour favoriser la redistribution. Le Parti de la justice et du développement tente de capitaliser sur la crise de l’emploi pour orchestrer son retour politique, se posant en alternative face à la majorité sortante qu’il accuse de passivité.

Une majorité sortante éclatée et en quête d’alliances

À l’approche du vote, la cohésion de la coalition gouvernementale s’est totalement effondrée, laissant place à une lutte fratricide. Les deux principaux partenaires de la majorité, le RNI d’Aziz Akhannouch et le PAM, ont acté leur divorce politique et se livrent désormais une concurrence acharnée sur le terrain. L’objectif pour chacune de ces deux formations partageant pourtant un socle économique similaire est d’arriver en tête du scrutin afin de pouvoir revendiquer le poste de Premier ministre et de mener les futures négociations gouvernementales. Comme le souligne le politologue Mustapha Sehimi, le parti qui remportera la première place sera le mieux placé pour dicter ses conditions et tenter de constituer une nouvelle coalition. Toutefois, la Constitution marocaine imposant des alliances pour former une majorité parlementaire stable, des concessions mutuelles seront inévitables au lendemain du scrutin, y compris entre anciens alliés désormais rivaux. La rupture consommée entre le RNI et le PAM redéfinit les contours des futures négociations de coalition, ouvrant la voie à une reconfiguration politique incertaine où chaque siège comptera pour gouverner.

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Écrit par
Claire Vasseur

Suit l'exécutif et les arbitrages de Matignon.

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