- Le candidat républicain Donald Trump a diffusé sur son réseau social Truth Social une carte englobant tout le continent nord-américain sous la bannière des États-Unis.
- Cette représentation géographique intègre des territoires souverains étrangers, notamment le Canada et les Antilles françaises.
- Le cosmographe Maxime Blondeau qualifie cette démarche de « géopropagande », l’inscrivant dans une stratégie d’affirmation politique nationale.
Une publication controversée sur Truth Social
L’ancien président des États-Unis, Donald Trump, a de nouveau attiré l’attention internationale en publiant, le lundi 7 septembre, un visuel controversé sur sa plateforme de communication Truth Social. Le document partagé montre une carte complète du continent nord-américain intégralement recouverte par le drapeau des États-Unis. Cette représentation graphique ne se limite pas aux frontières nationales actuelles de l’État fédéral américain : elle englobe de vastes territoires souverains voisins, au premier rang desquels le Canada, mais également des territoires sous souveraineté européenne, notamment les Antilles françaises. Cette publication sur Truth Social illustre l’utilisation de la cartographie comme un outil d’affirmation politique directe auprès de l’électorat nationaliste américain. Ce geste s’inscrit dans une démarche de communication ciblée, destinée à marquer les esprits et à réaffirmer une vision hégémonique de l’Amérique du Nord sous direction exclusive de Washington.
Le concept de « géopropagande » analysé
Pour décrypter la portée de cette publication, il convient d’interroger les spécialistes de la représentation de l’espace. Maxime Blondeau, cosmographe et enseignant à Sciences Po Paris ainsi qu’à l’École des Mines, analyse ce geste sous le prisme de ce qu’il qualifie de « géopropagande ». Pour ce chercheur, l’utilisation de la cartographie à des fins de propagande politique ou de mobilisation idéologique est un procédé historique bien ancré, qui prend une dimension nouvelle avec l’avènement des plateformes numériques. La carte n’est jamais un reflet neutre de la réalité physique de la Terre, mais un choix de représentation qui sert des intérêts stratégiques précis. Pour l’universitaire Maxime Blondeau, les cartes ne sont pas de simples représentations géographiques objectives, mais des instruments de projection de souveraineté et d’influence. En colorant l’ensemble de la région aux couleurs de la bannière étoilée, le candidat républicain cherche à flatter une frange de son électorat particulièrement sensible aux thèmes de la grandeur nationale et de l’expansionnisme territorial.
Une rhétorique récurrente d’expansionnisme symbolique
Cette initiative visuelle ne constitue pas un acte isolé dans le parcours politique du milliardaire républicain. Elle s’inscrit au contraire dans une continuité de déclarations et de prises de position touchant à la géographie et à la souveraineté des États voisins. Par le passé, Donald Trump a régulièrement développé une rhétorique ambiguë concernant le Canada, évoquant de manière plus ou moins directe des velléités d’annexion ou d’intégration forcée de son voisin septentrional. De même, des propositions visant à renommer des espaces maritimes stratégiques, comme le golfe du Mexique, ont parfois été avancées par ses partisans ou lui-même. Les déclarations régulières sur l’annexion du Canada ou la modification de dénominations géographiques comme le golfe du Mexique participent d’un discours hégémonique global. Ces provocations répétées permettent de maintenir une pression symbolique constante et de poser les jalons d’un rapport de force permanent avec les partenaires traditionnels des États-Unis.
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La position singulière des États-Unis sur la projection de Mercator
Au-delà des réseaux sociaux, cette vision de la souveraineté par les cartes se traduit par des décisions diplomatiques concrètes au sein des instances internationales. L’exemple le plus flagrant reste la position singulière de Washington vis-à-vis des Nations Unies concernant la projection de Mercator. Les États-Unis sont actuellement le seul État membre de l’ONU à avoir rejeté la proposition internationale visant à cesser l’utilisation officielle de cette projection cartographique du XVIe siècle. Très critiquée pour les déformations géométriques qu’elle engendre, la carte de Mercator surévalue grandement la taille des pays situés dans l’hémisphère nord, comme les États-Unis ou l’Europe, au détriment des pays du Sud, notamment le continent africain et l’Amérique du Sud. En refusant de signer la proposition onusienne visant à abandonner la projection de Mercator, Washington maintient une posture isolationniste sur le plan de la représentation mondiale. Ce refus illustre la volonté persistante de conserver une image cartographique mondiale qui favorise visuellement la puissance américaine.
Des implications diplomatiques et symboliques pour les alliés
L’inclusion des Antilles françaises, de la Martinique à la Guadeloupe, dans cette carte de propagande soulève également des questions quant à la perception des frontières alliées par l’équipe de campagne de Donald Trump. Bien que la publication soit avant tout destinée à une consommation politique intérieure américaine, elle ignore délibérément le statut juridique de ces territoires, qui sont des départements et régions d’outre-mer français, et donc des territoires de l’Union européenne. Pour les alliés de Washington, ces représentations répétées, même présentées sous l’angle de la communication électorale, interrogent sur le respect des souverainetés étatiques établies. L’intégration visuelle de territoires souverains étrangers sous la bannière étoilée souligne la frontière poreuse entre communication électorale interne et diplomatie internationale. Elle rappelle que pour le courant politique incarné par l’ancien président, les symboles géographiques demeurent des vecteurs d’influence politique de premier ordre.