- L’usine du groupe allemand Wacker Chemie dans le Tennessee, qui emploie environ 600 personnes, fait face à une menace de fermeture après la fuite de ses clients.
- Cette situation découle d’un décret fédéral du 6 août 2026 visant à protéger l’industrie américaine du polysilicium, mais jugé contre-productif par les acteurs locaux.
- Le polysilicium américain reste jusqu’à quatre fois plus cher que son équivalent chinois, les taxes douanières actuelles ne parvenant pas à combler cet écart de compétitivité.
- Seuls deux producteurs, Wacker et Hemlock Semiconductor, fabriquent encore ce matériau essentiel aux technologies de pointe sur le sol américain.
Un projet de relocalisation industrielle mis à l’épreuve dans le Tennessee
L’administration américaine fait face à d’importantes difficultés dans sa tentative de sécuriser la chaîne d’approvisionnement nationale en semi-conducteurs et en technologies de transition énergétique. À Charleston, dans le Tennessee, l’usine du groupe chimique allemand Wacker Chemie se retrouve dans une position critique. Selon des sources proches du dossier, les récentes mesures commerciales édictées par la Maison Blanche ont paradoxalement provoqué le départ des deux derniers clients de ce site industriel, spécialisé dans la production de polysilicium. La politique protectionniste de la Maison Blanche fait peser une menace directe sur le maintien de l’activité industrielle dans le Tennessee. Ce site, qui emploie environ 600 salariés, joue pourtant un rôle central dans la stratégie américaine de souveraineté technologique. Face à cette situation, la direction de Wacker Chemie doit évaluer l’avenir de son usine dans les prochaines semaines, bien que l’entreprise ait officiellement déclaré n’avoir aucun projet immédiat de fermeture après la baisse de 2,6 % de son action en bourse.
Les failles réglementaires d’une protection tarifaire mal ciblée
Le décret présidentiel du 6 août dernier visait initialement à stimuler la production locale en établissant un prix plancher et en imposant des droits de douane sur les importations de lingots, de plaquettes, de cellules et de panneaux solaires. Toutefois, le dispositif présente une faille majeure : il taxe de la même manière les produits fabriqués à l’étranger, que le polysilicium utilisé à l’origine soit de source américaine ou importé d’ailleurs. Les tarifs douaniers imposés ne parviennent pas à compenser le coût élevé de la production américaine face à la concurrence étrangère. D’après les analyses du cabinet d’études Bernreuter Research, le polysilicium produit aux États-Unis peut s’avérer jusqu’à quatre fois plus cher que celui fabriqué en Chine. En n’établissant pas de distinction douanière avantageuse pour le matériau d’origine américaine, la réglementation actuelle maintient un désavantage compétitif intenable pour les producteurs locaux, incitant les clients finaux à se tourner vers des alternatives étrangères moins onéreuses.
Un précédent historique et des réactions industrielles contrastées
Pour les observateurs économiques, ce revers n’est pas inédit. Il rappelle les effets secondaires des taxes douanières précédemment imposées sur l’acier et l’aluminium sous la présidence de Donald Trump. Ces taxes avaient alors provoqué une hausse significative des coûts de production pour les constructeurs automobiles nationaux, entravant leur compétitivité globale avant que des ajustements ne soient négociés. Cette situation rappelle les difficultés passées de la politique protectionniste américaine, déjà observées dans les secteurs de l’acier et de l’aluminium. Elissa Pierce, analyste de recherche chez Wood Mackenzie, estime que la structure actuelle des taxes au titre de la section 232 ne parviendra pas à stimuler la demande pour le polysilicium américain. À l’inverse, cette réglementation a été accueillie favorablement par des concurrents étrangers, à l’image de la société United Solar Polysilicon, basée à Oman et entretenant des liens étroits avec les filières chinoises.
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Sécurité nationale et rivalité systémique avec la Chine
Le marché du polysilicium hautement raffiné, essentiel pour les puces électroniques, est aujourd’hui le théâtre d’une rivalité accrue avec Pékin, qui domine historiquement le segment de qualité solaire et s’implante désormais sur celui des semi-conducteurs. Aux États-Unis, seules deux entreprises maintiennent une capacité de production nationale de ce matériau stratégique : Wacker Chemie et Hemlock Semiconductor. Ce dernier bénéficie d’une protection relative, car sa société mère, Corning, absorbe directement sa production pour fabriquer ses propres composants. Pour le reste de la filière, l’inquiétude est vive. L’absence de mécanismes incitatifs clairs fait craindre une dépendance accrue de la chaîne d’approvisionnement vis-à-vis d’acteurs contrôlés par la Chine. Nick Iacovella, porte-parole de la Coalition for a Prosperous America, avertit qu’en l’absence d’un signal fort en faveur du polysilicium national d’ici l’entrée en vigueur définitive des règles en décembre, les marchés du solaire et des semi-conducteurs risquent d’être abandonnés à des puissances étrangères, ce qui constituerait une menace directe pour la sécurité nationale.
Entre concertations politiques et recherche de compromis industriels
Interpellé sur les conséquences potentielles de sa politique douanière pour l’emploi et l’industrie dans le Tennessee, le ministère du Commerce n’a pas souhaité faire de commentaire officiel. Cependant, un haut responsable de l’administration a indiqué que le gouvernement fédéral poursuivait un dialogue actif avec les représentants du secteur afin de réajuster sa stratégie de relocalisation (ou « reshoring ») de la filière du polysilicium. De son côté, Wacker Chemie maintient la pression sur Washington en insistant sur le fait que le décret, dans sa rédaction actuelle, ne soutient pas efficacement la production nationale. Malgré les démentis de Wacker Chemie sur une fermeture imminente, les discussions se poursuivent activement avec Washington pour modifier le décret. L’entreprise espère obtenir des dérogations ou des mesures de soutien individualisées, le décret présidentiel autorisant théoriquement le ministère du Commerce à négocier, au cas par cas, des incitations financières pour encourager les investissements sur le sol américain.