- La candidate du Rassemblement national souhaite inscrire dans la Constitution un mécanisme de limitation stricte du déficit public.
- L’objectif affiché est de ramener la dette française à 60 % du PIB, contre environ 119 % actuellement.
- Le projet prévoit une réduction du déficit de 125 milliards d’euros sur une période de cinq ans en cas de victoire.
Une rupture doctrinale pour le Rassemblement national

À l’approche de l’échéance présidentielle de 2027, Marine Le Pen opère un tournant significatif dans son programme économique. Jusqu’alors réticente à l’idée de s’imposer des contraintes budgétaires rigides, la cheffe de file du Rassemblement national préconise désormais l’adoption d’une « règle d’or » pour les finances publiques. Cette proposition, qu’elle souhaite soumettre au vote des Français par voie de référendum, marque une volonté de rassurer les marchés et les partenaires internationaux. Cette évolution met fin à une longue tradition de défiance du parti envers les mécanismes de limitation automatique des dépenses publiques. En invoquant la nécessité d’éviter une éventuelle mise sous tutelle financière du pays, la candidate cherche à installer une image de gestionnaire rigoureuse, capable de stabiliser une trajectoire budgétaire jugée critique.
L’objectif des 60 % de dette : un retour aux critères de Maastricht
Le cœur du dispositif repose sur une cible chiffrée : ramener la dette publique française à 60 % du Produit intérieur brut (PIB). Ce seuil n’est pas une invention de la candidate, mais correspond à la limite fixée par les traités européens, notamment celui de Maastricht en 1992. Actuellement, la France affiche un endettement qui frôle les 119 % de sa richesse nationale, une situation exacerbée par les crises successives et des décennies de budgets déficitaires. Le plan de Marine Le Pen table sur un effort massif de 125 milliards d’euros sur un quinquennat pour inverser cette tendance. Pour l’année 2027, elle estime que le déficit maximal ne devrait pas excéder 2,4 % du PIB, un chiffre nettement inférieur aux prévisions actuelles qui tournent autour de 5 % pour les prochaines années.
Un mécanisme technique sous surveillance institutionnelle
Pour garantir l’application de cette règle, le projet s’appuie sur une structure de contrôle renforcée. La « règle d’or » imposerait que le déficit soit systématiquement maintenu sous le « seuil stabilisant » de la dette, c’est-à-dire le niveau permettant une décrue annuelle du ratio d’endettement par rapport au PIB. Le Haut Conseil des finances publiques (HCFP) jouerait un rôle central dans la validation des hypothèses macroéconomiques sous-jacentes. Le Parlement ne pourrait ainsi délibérer que sur des projets de loi de finances respectant scrupuleusement ces critères de sincérité. Enfin, le Conseil constitutionnel serait le garant ultime de ce dispositif, avec la mission d’invalider tout texte budgétaire qui ne se conformerait pas à ces nouvelles exigences constitutionnelles.
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La référence historique au plan Pinay-Rueff de 1958
Pour inscrire son action dans le temps long, Marine Le Pen n’hésite pas à invoquer des figures tutélaires de la droite française. Elle compare son projet au plan Pinay-Rueff de 1958, qui avait permis, sous l’impulsion du général de Gaulle, de stabiliser l’économie française et d’assainir les comptes de l’État après la crise de la IVe République. Cette comparaison historique vise à souligner l’ampleur de la réforme envisagée, présentée comme le redressement comptable le plus ambitieux depuis la création de la Ve République. En se plaçant dans cette lignée, elle tente de transformer une mesure technique en un projet de souveraineté nationale, affirmant que le destin de la France ne peut s’accommoder d’une dépendance croissante envers ses créanciers extérieurs.
Une mise en perspective avec les orientations du gouvernement actuel
L’annonce de cette mesure intervient alors que le gouvernement en place, dirigé par le Premier ministre Sébastien Lecornu, a présenté des orientations budgétaires prévoyant un retour progressif du déficit vers les 5 % du PIB d’ici 2027. Le contraste est donc marqué entre la trajectoire de l’exécutif actuel et celle proposée par le Rassemblement national, qui se veut beaucoup plus radicale dans la réduction des dépenses. La candidate du RN prévoit d’ailleurs de détailler l’ensemble de ses mesures d’économie dès mardi prochain. Cette séquence politique illustre la place centrale que prendra la gestion des finances publiques dans le débat électoral à venir, alors que la France fait face à une surveillance accrue de la part des agences de notation et des instances européennes concernant la viabilité de sa dette souveraine.