- Le parti d’extrême droite AfD est donné favori avec 40 % à 43 % des intentions de vote en Saxe-Anhalt.
- Une victoire historique menacerait de fragiliser directement le chancelier conservateur Friedrich Merz.
- Le candidat de l’extrême droite, Ulrich Siegmund, mise sur une rhétorique populiste et la nostalgie de l’ex-RDA.
- Le maintien du cordon sanitaire par les autres partis pourrait bloquer la formation d’une majorité gouvernementale régionale.
Un scrutin historique aux enjeux fédéraux
Le Land de Saxe-Anhalt, situé dans l’est de l’Allemagne, se trouve au cœur de toutes les attentions politiques nationales. Une victoire de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) dans ce Land de 2,1 millions d’habitants constituerait un précédent historique en Allemagne depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les dernières enquêtes d’opinion créditent la formation d’extrême droite de 40 % à 43 % des intentions de vote, reléguant les conservateurs de la CDU à une deuxième place oscillant entre 22 % et 24 %. Cette avance d’une vingtaine de points menace de déstabiliser profondément la coalition menée à Berlin par le chancelier Friedrich Merz. Pour ce dernier, qui s’était personnellement engagé à diviser par deux l’influence électorale de l’AfD, ce résultat s’annoncerait comme un revers personnel majeur. Si les analystes politiques, à l’instar de Wolfgang Schroeder de l’université de Cassel, excluent un départ immédiat du chancelier faute de successeur évident, la pression interne sur son leadership devrait s’accentuer de manière significative dès l’annonce des résultats.
La stratégie populiste d’Ulrich Siegmund face aux conservateurs
La dynamique de l’AfD est incarnée par Ulrich Siegmund, un candidat de 35 ans particulièrement actif sur les réseaux sociaux. Cet ancien entrepreneur s’est imposé comme une figure de proue locale en menant une campagne de terrain active, rythmée par des séances de dédicaces et des bains de foule. Son programme politique cible prioritairement la politique migratoire, l’abrogation de l’obligation scolaire et la dénonciation des traités encadrant l’audiovisuel public. En s’appuyant sur une forte présence numérique et la nostalgie de la République démocratique allemande (RDA), Ulrich Siegmund bouscule les codes de la campagne électorale face au chef du gouvernement régional sortant, Sven Schulze. Face à lui, Sven Schulze, un ingénieur de 47 ans au style sobre et ancien député européen, peine à mobiliser. À la tête de la région depuis mars après y avoir exercé comme ministre de l’Économie, il subit directement le contrecoup de l’impopularité de la coalition fédérale de Friedrich Merz, malgré ses efforts pour maintenir un dialogue direct avec les citoyens.
Le casse-tête de la majorité absolue et du seuil électoral
Malgré sa nette avance dans les sondages, l’AfD n’est pas assurée de pouvoir diriger la Saxe-Anhalt. Le système électoral allemand, fondé sur la représentation proportionnelle, rend l’obtention d’une majorité absolue extrêmement difficile pour une seule formation politique. Actuellement, sur les seize États fédérés que compte l’Allemagne, seule la Sarre est gouvernée sans coalition par le SPD. La capacité de l’AfD à gouverner seule dépend directement du score des petites formations politiques, dont l’échec sous le seuil de 5 % pourrait abaisser le seuil de la majorité absolue. En effet, si des partis comme les Libéraux ou la gauche prorusse de l’Alliance Sahra Wagenknecht (BSW) échouent à atteindre le seuil minimal de 5 % requis pour siéger au Parlement régional, la majorité absolue en sièges pourrait s’obtenir avec un score inférieur à la majorité absolue des voix, par exemple autour de 46 % au lieu de 50 %.
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Le cordon sanitaire à l’épreuve des alliances régionales
La formation d’une coalition gouvernementale s’annonce particulièrement complexe en raison du refus quasi unanime de coopérer avec l’extrême droite. À l’exception de divisions internes au sein du BSW sur cette question, l’ensemble de l’échiquier politique applique un cordon sanitaire strict vis-à-vis de l’AfD. Le maintien d’un cordon sanitaire autour de l’extrême droite pourrait forcer les conservateurs à envisager des alliances inédites ou des gouvernements minoritaires complexes. Pour conserver le pouvoir, Sven Schulze pourrait être contraint de suivre l’exemple des Länder voisins de Saxe et de Thuringe. Ces régions de l’ex-RDA ont vu la mise en place de gouvernements minoritaires dépendant du soutien informel de la gauche radicale, Die Linke, en dépit d’une résolution officielle de la CDU datant de 2018 excluant toute alliance avec cette dernière. Cette situation suscite des tensions croissantes au sein de la CDU, où certains élus locaux réclament une approche plus pragmatique.
Une société polarisée face aux incertitudes politiques
Les répercussions potentielles de ce scrutin dépassent le cadre des institutions régionales. Sur le plan économique, le chancelier Friedrich Merz a alerté sur les dommages potentiels qu’une victoire de l’AfD pourrait causer à l’attractivité de la Saxe-Anhalt, mettant en doute la volonté des investisseurs internationaux de s’implanter dans un Land dirigé par l’extrême droite. Dans le domaine de l’éducation, les projets de réformes de l’AfD provoquent une vive inquiétude chez les enseignants du secondaire. Au-delà de l’issue purement arithmétique du scrutin, la forte polarisation de la société de Saxe-Anhalt suscite de profondes inquiétudes parmi la population et les acteurs économiques. Ce climat de tension se traduit par l’organisation de multiples manifestations de tous bords et le déploiement de renforts policiers pour sécuriser le week-end électoral. Pour de nombreux observateurs locaux, l’influence de l’AfD continuera de diviser durablement la société civile, quelle que soit la composition finale du futur exécutif régional.