- Le maire de Bergerac, Fabien Ruet, met en cause son prédécesseur pour avoir refusé un système de rafraîchissement à 28 000 euros.
- Les travaux correctifs pour abaisser la température sous la halle sont désormais estimés entre 200 000 et 300 000 euros.
- Une exonération de charges de 4 136 euros a été votée pour soutenir les commerçants exposés à plus de 40 °C cet été.
Un conseil municipal sous tension autour de la halle Mercredi

La séance du conseil municipal de Bergerac, tenue le mercredi 30 septembre, a été marquée par une durée inhabituelle de près de six heures, témoignant de la densité des échanges et de la vivacité des oppositions locales. Au cœur des discussions figurait un dossier épineux pour la municipalité : l’aménagement thermique de la halle du marché couvert. Ce bâtiment, pilier de l’activité commerciale du centre-ville, est devenu un point de friction majeur suite à un été particulièrement éprouvant. Le conseil municipal a acté une mesure d’urgence en votant l’exonération des charges pour les commerçants de la halle, représentant un montant total de 4 136 euros pour les mois de juillet et août. Cette décision vise à compenser le préjudice subi par les professionnels alors que le thermomètre a régulièrement franchi la barre des 40 °C à l’intérieur de la structure. Au-delà de cette aide financière, c’est le procès d’une gestion passée qui s’est ouvert dans l’enceinte de la mairie, transformant une question technique en un véritable affrontement politique sur la responsabilité des élus face au changement climatique.
L’expertise technique au service de la joute politique
Le maire actuel, Fabien Ruet, a présenté une série de documents issus d’une enquête interne visant à retracer la genèse du projet de la halle. Selon l’édile, les archives révèlent que l’architecte en charge du dossier avait, dès 2020, préconisé l’installation d’un système de rafraîchissement adiabatique, souvent qualifié de « bioclim ». Cette technologie utilise le principe naturel de l’évaporation de l’eau pour abaisser la température ambiante de quelques degrés. Fabien Ruet soutient que cette option, initialement chiffrée à 28 000 euros, a été délibérément écartée par l’ancienne majorité municipale en 2022 pour des raisons d’économies budgétaires. En s’appuyant sur le devoir de conseil de l’architecte, le maire souligne que les solutions techniques existaient mais qu’elles ont fait l’objet d’un arbitrage politique aujourd’hui jugé préjudiciable. Cette analyse place la question de l’anticipation climatique au sommet des griefs adressés à l’opposition, transformant un simple devis en une pièce à conviction contre la gestion de l’ancien maire, Jonathan Prioleaud.
Un surcoût financier significatif pour la collectivité
Les conséquences de ce choix initial se traduisent aujourd’hui par une facture bien plus lourde pour les contribuables bergeracois. Fabien Ruet a ainsi dévoilé les conclusions d’un bureau d’études sollicité en 2025, indiquant que l’ajout a posteriori d’un système de rafraîchissement similaire coûterait désormais 151 500 euros hors taxes. La différence entre le devis initial et le coût actuel de l’installation est frappante. « Si l’option de 28 000 euros avait été retenue à l’époque, nous aurions économisé a minima 130 000 euros », a lancé le maire à son prédécesseur, affirmant que la responsabilité politique de ce dernier était « incontestable ». Au total, la municipalité estime qu’une enveloppe globale comprise entre 200 000 et 300 000 euros sera nécessaire pour rendre la halle praticable lors des futurs pics de chaleur. Ce montant inclut non seulement le système de rafraîchissement adiabatique, mais aussi l’installation probable de la climatisation et de stores extérieurs pour limiter l’effet de serre sous la structure, des investissements lourds qui auraient pu être optimisés lors de la construction initiale.
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La défense de l’ancienne majorité : l’argument de l’imprévisibilité
Face à ces accusations, Jonathan Prioleaud, désormais figure de l’opposition, a défendu les choix opérés sous son mandat. Contacté après la séance, il a nuancé l’efficacité du système adiabatique au regard de l’intensité des canicules récentes. Selon lui, cette solution n’aurait permis de gagner que 2 ou 3 °C, une baisse jugée insuffisante face à des températures exigeant un refroidissement de 10 à 15 °C pour garantir le confort des usagers. L’ancien maire a insisté sur le caractère exceptionnel des vagues de chaleur successives, rappelant que même les infrastructures scolaires avaient dû fermer leurs portes face à cette situation inédite. Jonathan Prioleaud a également affirmé qu’une demande de devis pour l’installation d’une climatisation classique avait été effectuée sous sa direction après l’été 2025, dans le but d’une mise en service pour l’été suivant. Il accuse à son tour la nouvelle majorité d’avoir interrompu ce processus, déplaçant ainsi la responsabilité de l’inertie du projet sur ses successeurs.
Un climat municipal alourdi par d’autres tensions partisanes
Ce débat sur la halle s’inscrit dans un contexte municipal particulièrement tendu, où les dossiers techniques se mêlent aux polémiques idéologiques. La même séance a vu les élus du Rassemblement national s’opposer à l’attribution du nom d’une rescapée de la Shoah à une école locale, invoquant une prétendue « neutralité républicaine » liée au passé militant de l’intéressée. Ces frictions répétées entre la majorité de gauche et les différents blocs de l’opposition illustrent la polarisation croissante du Conseil municipal de Bergerac. Alors que la ville doit faire face à des défis structurels et climatiques majeurs, comme le réaménagement de ses espaces publics, ces échanges révèlent les difficultés d’un dialogue constructif sur les politiques d’investissement à long terme. Pour les commerçants de la halle, l’enjeu reste concret : obtenir des solutions pérennes avant que les prochains étés ne menacent à nouveau leur activité économique et la viabilité de ce lieu de vie essentiel pour la commune.