- La visite de travail en Espagne du président algérien Abdelmadjid Tebboune, prévue le 20 octobre, est reportée sine die.
- Ce report ferait suite aux pressions du Maroc, qui menace de rappeler son ambassadrice en réaction au rapprochement algéro-espagnol.
- La décision surprend Alger, une semaine après une rencontre constructive à New York entre les ministres des Affaires étrangères, José Manuel Albares et Ahmed Attaf.
- Ce contretemps menace de fragiliser la reprise des relations économiques, notamment l’accord sur les livraisons de gaz algérien conclu en juillet dernier.
Un report inattendu aux lourdes conséquences diplomatiques
La visite de travail que devait effectuer le président algérien, Abdelmadjid Tebboune, en Espagne le 20 octobre prochain a été officiellement reportée à une date indéterminée. Selon les informations transmises par plusieurs canaux diplomatiques espagnols, la décision a été notifiée à Alger ce vendredi, sans qu’aucune justification officielle détaillée ne soit fournie par Madrid. Ce contretemps majeur intervient alors que les deux nations s’efforçaient de normaliser leurs relations après une longue période de gel. La décision de Madrid de suspendre cette rencontre bilatérale, annoncée à la partie algérienne, gèle un processus de réconciliation entamé après deux ans de crise ouverte. Ce report sine die pose de sérieuses questions sur la stabilité de l’axe Alger-Madrid, particulièrement sensible sur les questions énergétiques et migratoires en Méditerranée occidentale. Pour l’heure, le ministère algérien des Affaires étrangères a choisi de ne pas réagir officiellement, observant une réserve prudente face à ce revirement inattendu.
L’ombre de Rabat sur la politique étrangère espagnole
Pour les observateurs de la scène politique espagnole, l’explication de ce report réside dans l’intense activité diplomatique du Maroc. Rabat s’apprêterait en effet à rappeler son ambassadrice à Madrid, Karima Benyaich, en signe de protestation contre le rapprochement entre l’Espagne et l’Algérie. Ce mécontentement marocain est de plus exacerbé par l’annonce d’une visite prochaine du roi Felipe VI d’Espagne à Ceuta et Melilla, deux enclaves espagnoles situées sur la côte nord du Maroc et revendiquées par ce dernier comme des territoires occupés. Un tel rappel d’ambassadeur rappellerait la crise de 2007, provoquée par le déplacement officiel de Juan Carlos Ier et de la reine Sofia dans ces mêmes villes autonomes. Le gouvernement espagnol se retrouve pris en étau entre ses deux voisins maghrébins, une configuration diplomatique complexe et sans précédent historique récent pour Madrid. Historiquement, l’Espagne veillait à maintenir de bonnes relations avec l’un de ses voisins d’Afrique du Nord lorsqu’elle traversait une zone de turbulences avec l’autre rival régional, une équation aujourd’hui compromise.
Une surprise de taille pour la diplomatie algérienne
Du côté d’Alger, la stupéfaction est palpable. Le calendrier laissait présager une relance harmonieuse, notamment après l’entretien constructif qui s’est tenu il y a tout juste une semaine à New York, en marge de l’Assemblée générale des Nations Unies. Le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, et son homologue algérien, Ahmed Attaf, s’étaient alors rencontrés afin de baliser le terrain pour le sommet du 20 octobre. M. Albares avait même publiquement affiché son optimisme sur le réseau social X, insistant sur la volonté partagée de renforcer les relations de voisinage et de garantir la prospérité et la stabilité en Méditerranée. Le revirement espagnol intervient alors que les ministres des Affaires étrangères des deux pays affichaient encore leur entente à l’ONU pour consolider leur partenariat. Ce brusque changement de cap met en lumière l’extrême volatilité des alliances dans la région et l’influence déterminante du dossier du Sahara occidental sur les choix espagnols.
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Le fragile rétablissement des relations économiques et énergétiques
Le sommet désormais reporté devait concrétiser la fin d’une crise diplomatique de plus de deux ans. En juillet dernier, le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, s’était rendu en personne à Alger pour y rencontrer Abdelmadjid Tebboune. Cette visite avait permis d’acter un dégel indispensable, alors que la dernière réunion de haut niveau remontait à avril 2018, sous le mandat de Mariano Rajoy. À l’époque de la visite de juillet, Pedro Sánchez avait négocié un accord de premier plan garantissant l’augmentation des importations de gaz naturel vers la péninsule ibérique. Le rétablissement du dialogue en juillet dernier visait avant tout à garantir la sécurité énergétique de l’Espagne à travers la relance des importations de gaz algérien. Cet accord politique fort semblait avoir soldé les différends liés au revirement de Madrid sur le statut du Sahara occidental, un sujet hautement inflammable qui continue de conditionner la géopolitique régionale.
Une accumulation de frictions latentes entre Madrid et Alger
Au-delà des pressions exercées par le Maroc, les relations bilatérales entre l’Espagne et l’Algérie restaient soumises à d’autres tensions sous-jacentes. En septembre dernier, Alger avait manifesté son vif mécontentement à la suite du refus des autorités espagnoles d’extrader l’homme d’affaires Ayoub Aissiou. Ce dernier a été condamné par la justice algérienne pour escroquerie et transfert illégal de devises. Cette décision judiciaire et politique espagnole avait déjà semé le doute sur la sincérité du rapprochement affiché par Madrid. Le refus espagnol d’extrader l’homme d’affaires Ayoub Aissiou s’ajoute désormais à ce report politique pour fragiliser un dialogue bilatéral à peine restauré. Dans ce contexte de méfiance réciproque, le report de la visite d’Abdelmadjid Tebboune apparaît moins comme un simple incident de calendrier que comme le symptôme d’une impasse diplomatique profonde pour le gouvernement de Pedro Sánchez.