- Le gouvernement gabonais a prononcé la radiation de 1 473 agents de la fonction publique pour absentéisme prolongé, une mesure d’une ampleur inédite dans le pays.
- Cette décision découle d’un recensement biométrique organisé en 2024 par les autorités de la transition, révélant que de nombreux fonctionnaires résidaient à l’étranger tout en percevant leur traitement.
- L’opération permet à l’État de réaliser une économie budgétaire estimée à 11 milliards de francs CFA, tandis que des poursuites judiciaires sont envisagées contre les fraudeurs et leurs complices.
Une mesure d’assainissement inédite à Libreville

Le gouvernement gabonais a franchi un cap historique dans la réforme de son administration. Réuni en Conseil des ministres le vendredi 18 septembre à Port-Gentil, la capitale économique du pays, l’exécutif a entériné la radiation définitive de 1 473 agents de la fonction publique. Cette mesure, sans précédent par son ampleur, cible des fonctionnaires qui ne se présentaient plus à leur poste de travail depuis des mois, voire des années, tout en continuant à percevoir régulièrement leur traitement mensuel. La radiation de près de 1 500 agents publics marque un tournant rigoureux dans la gestion des ressources humaines de l’État gabonais. Cette décision s’inscrit dans une volonté globale d’assainissement des finances de l’État et de moralisation de la vie publique, deux priorités portées par le pouvoir en place depuis le changement de régime à Libreville.
Les révélations du recensement de la transition militaire
La genèse de cette opération remonte à l’année 2024, lorsqu’un recensement général des agents de l’État a été diligenté par les autorités de la transition. Cette grande enquête administrative a été lancée un an après le coup d’État militaire qui a mis fin au pouvoir de la famille Bongo. Pour valider leur situation administrative, chaque fonctionnaire avait l’obligation stricte de se présenter physiquement devant les commissions de contrôle. Ce recensement a provoqué un vent de panique parmi de nombreux agents installés à l’étranger, notamment en France, certains depuis quinze ou vingt ans, qui sont rentrés précipitamment à Libreville pour tenter de régulariser leur situation. Menée par les autorités de transition après la chute du régime Bongo, l’enquête de contrôle a mis au jour des dérives massives d’absentéisme de longue durée.
La rigueur du statut général de la fonction publique
Face à ces dérives, le gouvernement a choisi d’appliquer strictement la réglementation existante. Laurence Ndong, ministre de la Communication et des Médias, ainsi que porte-parole du gouvernement, a rappelé que les textes régissant la fonction publique gabonaise prévoient une radiation automatique au-delà de trois mois d’absence non justifiée. L’enquête a révélé les stratagèmes de certains fonctionnaires fraudeurs qui ont tenté de tromper le recensement biométrique. Grâce aux données des services d’immigration, l’administration a pu reconstituer les trajectoires de ces agents, enregistrant précisément leurs dates d’entrée sur le territoire gabonais pour le recensement et leurs sorties quasi immédiates vers leur pays de résidence. Selon la législation gabonaise en vigueur, tout agent absent sans justification pendant plus de trois mois s’expose à une révocation définitive.
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Des gains budgétaires et des poursuites judiciaires en vue
L’impact financier de cette purge administrative est immédiat et significatif pour les finances publiques du pays. Selon les chiffres consolidés présentés par le ministère de la Fonction publique, cette mesure va permettre à l’État gabonais de réaliser une économie annuelle de 11 milliards de francs CFA (soit environ 16,7 millions d’euros). Sur le plan juridique, les fonctionnaires radiés conservent la possibilité de contester cette décision en saisissant le Conseil d’État. Toutefois, si la plus haute juridiction administrative confirme la radiation, le gouvernement a annoncé son intention de traduire les intéressés devant les tribunaux pour détournement de fonds publics. De plus, les autorités ciblent désormais les complices internes au sein de l’appareil d’État. Au-delà des économies budgétaires substantielles, Libreville menace désormais de traduire devant la justice les fonctionnaires fraudeurs ainsi que les cadres administratifs qui ont facilité ces abus.