- En Mecklembourg-Poméranie occidentale, l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) arrive en tête des élections régionales avec environ 38 % des voix.
- Malgré sa défaite électorale, le SPD (35 %) devrait conserver la direction de la région grâce au « pare-feu » excluant toute alliance avec l’extrême droite.
- À Berlin, la gauche radicale de Die Linke s’impose avec 25 % des suffrages, infligeant un revers cuisant à la CDU du chancelier Friedrich Merz.
- Ce double scrutin confirme la progression nationale de l’AfD, quelques semaines après son score historique de près de 44 % en Saxe-Anhalt.
Une victoire historique de l’extrême droite dans le Nord-Est

Le paysage politique allemand traverse une période de fortes secousses après les derniers scrutins régionaux. En Mecklembourg-Poméranie occidentale, un Land côtier du nord-est de l’Allemagne, l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) a remporté une victoire électorale majeure. Selon les estimations de l’audiovisuel public allemand, la formation se classe en tête avec environ 38 % des suffrages exprimés. Elle devance ainsi le Parti social-démocrate (SPD), crédité de 35 % des voix. L’AfD confirme son ancrage dans l’est du pays en s’imposant avec près de 38 % des voix face aux sociaux-démocrates. Ce résultat marque une progression spectaculaire pour le parti anti-immigration, qui fait plus que doubler son score par rapport au scrutin de 2021. À Schwerin, la capitale régionale, les cadres et militants nationalistes ont fêté l’annonce des résultats. Le secrétaire général du groupe parlementaire de l’AfD au Bundestag, Enrico Komning, a salué un résultat qu’il qualifie de « vraiment éclatant ». Bien que certains militants comme Thomas Pfetzner concèdent qu’ils « auraient aimé un peu plus », cette performance confirme l’implantation territoriale grandissante du parti.
L’obstacle du « pare-feu » face aux ambitions de gouvernement
Malgré sa première place dans les urnes, l’extrême droite se heurte à une réalité institutionnelle complexe. Le candidat de l’AfD au poste de ministre-président régional, Leif-Erik Holm, a rapidement revendiqué la légitimité de former le prochain gouvernement, demandant aux autres forces de se montrer « ouvertes au dialogue ». Cependant, l’accès au pouvoir exécutif reste improbable pour son mouvement. Bien que l’extrême droite revendique la légitimité pour gouverner, le cordon sanitaire traditionnel devrait permettre au SPD de conserver l’exécutif régional. L’ensemble de la classe politique allemande applique en effet un consensus strict, le « pare-feu », consistant à refuser catégoriquement toute alliance gouvernementale avec l’AfD. Face à cette barrière, les sociaux-démocrates du SPD préparent des négociations avec d’autres formations de gauche pour constituer une majorité alternative et conserver le contrôle de l’exécutif régional, privant ainsi l’AfD de gouvernance directe.
Berlin choisit la gauche radicale et sanctionne la coalition au pouvoir
Le même jour, les électeurs de Berlin étaient également appelés aux urnes. Dans la capitale fédérale, réputée pour sa tradition de tolérance et son ouverture, le verdict électoral prend une direction différente, mais s’avère tout aussi sévère pour la coalition. C’est la gauche radicale de Die Linke qui s’est imposée en décrochant la première place avec environ 25 % des suffrages. Dans la capitale fédérale, la gauche radicale de Die Linke s’empare de la première place, accentuant la crise politique pour le chancelier Friedrich Merz. Pour autant, l’AfD progresse également à Berlin, atteignant environ 15 % des voix, contre 9 % lors du scrutin de 2023. Cette hausse constante montre que l’influence de la formation de droite radicale dépasse désormais ses bastions ruraux traditionnels pour s’implanter durablement dans les grandes métropoles cosmopolites.
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Un revers cuisant pour la CDU de Friedrich Merz
Le grand perdant de cette double confrontation électorale est le chancelier Friedrich Merz et son parti, l’Union chrétienne-démocrate (CDU). En Mecklembourg-Poméranie occidentale, la CDU a subi un effondrement historique, ne récoltant qu’environ 5 % des voix, soit le seuil minimal requis pour rester au Parlement régional. Avec seulement 5 % des voix dans le nord-est, la CDU subit un camouflet électoral majeur qui fragilise la position de son leader au niveau national. À Berlin, le parti stagne à la deuxième place avec environ 20 % des voix, largement devancé par Die Linke. L’apparition télévisée de Friedrich Merz, promettant de se maintenir à la tête du gouvernement malgré ces échecs, a suscité des rires et des quolibets parmi les militants de l’AfD à Schwerin. Selon le député Jan-Phillip Tadsen, cette débâcle s’explique directement par les positions de la CDU sur l’immigration et les promesses non tenues de son dirigeant, entraînant une perte de confiance massive de l’électorat.
Une dynamique nationale qui redessine le paysage allemand
Ces deux scrutins confirment une séquence électorale particulièrement tendue. Début septembre, l’AfD avait déjà frappé un coup majeur en Saxe-Anhalt en obtenant près de 44 % des voix sous la direction d’Ulrich Siegmund. Le parti n’y est qu’à quelques sièges de la majorité absolue et cherche à convaincre des élus de le rejoindre pour diriger le gouvernement régional, ce qui constituerait une première historique depuis la Seconde Guerre mondiale. Ces scrutins successifs accentuent la pression sur l’échiquier politique allemand, ravivant les débats sur la sécurité, l’immigration et le temps de travail. Cette percée suscite des réactions à l’étranger. Donald Trump a félicité l’AfD pour son succès en Saxe-Anhalt. En France, la classe politique s’inquiète : Raphaël Glucksmann alerte sur la menace pesant sur les démocraties, tandis que le Rassemblement National prend ses distances, refusant de se réjouir en raison de « lignes rouges franchies » par l’AfD sur les questions d’éducation. Cette instabilité politique coïncide enfin avec des débats économiques nationaux, le patronat allemand réclamant la semaine de 40 heures sans compensation salariale pour restaurer la compétitivité du pays.