- Les élections législatives du 23 septembre pourraient aboutir à la nomination inédite d’une femme au poste de chef du gouvernement.
- Deux personnalités dominent les pronostics : Fatima Ezzahra El Mansouri (PAM) et Nadia Fettah (RNI).
- Si la Constitution de 2011 autorise légalement cette nomination, le protocole religieux lors des prières officielles pose un défi symbolique.
Un scrutin législatif aux enjeux paritaires inédits
À vingt-quatre heures de l’ouverture des bureaux de vote pour les élections législatives du 23 septembre, le paysage politique marocain est suspendu à une décision royale qui pourrait s’avérer historique. Pour la première fois dans l’histoire du Royaume chérifien, l’hypothèse de voir une femme accéder à la primature n’est plus une simple vue de l’esprit, mais une option politique sérieusement envisagée dans les cercles du pouvoir à Rabat. Le scrutin législatif du 23 septembre marque une étape potentiellement historique pour la parité au sommet de l’État marocain. Le roi Mohammed VI, qui dispose de la prérogative constitutionnelle de nommer le chef du gouvernement au sein du parti arrivé en tête des élections, se retrouve face à un choix qui confirmerait la trajectoire de modernisation sociale entamée depuis le début de son règne.
Deux figures de proue pour une nomination historique
Au cœur de cette effervescence, deux profils se distinguent par leur influence et leur ancrage politique. D’un côté, Fatima Ezzahra El Mansouri, figure de proue du Parti Authenticité et Modernité (PAM). Maire emblématique de Marrakech et présidente du conseil national de sa formation, elle ne cache plus ses ambitions nationales. De l’autre, Nadia Fettah, issue des rangs du Rassemblement National des Indépendants (RNI), le parti de l’actuel chef du gouvernement Aziz Akhannouch. Ministre de l’Économie et des Finances, elle incarne une technocratie efficace et bénéficie d’une image de gestionnaire rigoureuse. Fatima Ezzahra El Mansouri et Nadia Fettah s’imposent comme des figures incontournables du paysage politique national. Leurs parcours respectifs, l’une dans la gestion locale de grande ampleur et l’autre dans les arcanes de la finance d’État, leur confèrent la légitimité nécessaire pour briguer la succession à la tête de l’exécutif.
Un cadre juridique dépourvu d’obstacles majeurs
Sur le plan du droit, aucun verrou ne semble empêcher l’accès des femmes à la plus haute fonction ministérielle. La Constitution adoptée en 2011, dans la foulée des mouvements sociaux de la région, a considérablement renforcé les principes d’égalité et de parité. L’article 47 de la Loi fondamentale stipule que le souverain nomme le chef du gouvernement au sein du parti politique arrivé en tête de l’élection des membres de la Chambre des représentants, sans distinction de genre. La Constitution de 2011 ne comporte aucune disposition interdisant l’accès d’une femme à la fonction de chef du gouvernement. Cette absence de restriction juridique reflète la volonté du Royaume d’aligner ses institutions sur les standards internationaux de représentativité, bien que l’application concrète de cette parité au niveau de la primature reste une première absolue pour le pays.
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Le défi du protocole et de la tradition religieuse
Malgré la clarté des textes juridiques, la nomination d’une femme soulève des interrogations plus profondes liées aux traditions et à la pratique religieuse officielle. Au Maroc, le chef du gouvernement occupe une place centrale lors des cérémonies religieuses présidées par le Roi, en sa qualité de Commandeur des Croyants (Amir al-Mu’minin). La question de la place d’une femme lors de la prière collective à la mosquée, où les rangs ne sont traditionnellement pas mixtes, constitue un point de débat. L’exercice des fonctions régaliennes soulève des questions inédites quant au protocole religieux traditionnel en présence du souverain. Habituellement placé à la gauche du Roi lors des prières officielles, le chef du gouvernement participe à une mise en scène du pouvoir où la tradition malikite prévaut. L’adaptation de ce protocole séculaire à une cheffe de gouvernement constituerait une évolution majeure de la pratique institutionnelle marocaine.
Une décision entre modernisation et équilibres sociaux
Au-delà du simple choix de personne, cette éventualité place le Maroc à la croisée des chemins entre son héritage conservateur et son ambition de modernité. La nomination d’une femme à la primature enverrait un signal puissant à la communauté internationale et aux partenaires diplomatiques du Royaume, tout en répondant aux aspirations d’une partie de la jeunesse et de la société civile marocaine engagée pour les droits des femmes. Une telle nomination s’inscrirait dans la volonté de modernisation des institutions prônée par le roi Mohammed VI. La décision finale, qui interviendra après l’annonce des résultats officiels du scrutin, dépendra non seulement de l’arithmétique électorale, mais aussi de la capacité du système politique à intégrer ce changement structurel sans brusquer les équilibres traditionnels qui régissent la vie publique marocaine.