- Selon un sondage YouGov réalisé fin août, 43 % des Français se disent favorables à l’annulation de la dette détenue par la Banque centrale européenne.
- La proposition de Jean-Luc Mélenchon cible uniquement les 18 % de la dette publique française détenus par la Banque de France et l’institution européenne.
- L’opposition à cette mesure reste forte chez les responsables européens, à l’instar de Joachim Nagel (Bundesbank), qui rappelle l’interdiction des traités européens.
Une proposition qui divise mais séduit une partie de l’opinion
Le débat sur la soutenabilité de la dette publique française s’invite à nouveau au cœur de l’actualité politique. À la suite d’une intervention remarquée de Jean-Luc Mélenchon devant le Medef le 27 août dernier, l’hypothèse d’une annulation partielle des créances de l’État semble trouver un écho inattendu au sein de l’opinion publique. Un sondage YouGov révèle que 43 % des personnes interrogées soutiennent l’idée d’effacer une partie de la dette publique française. À l’inverse, 31 % des sondés s’opposent fermement à cette perspective, tandis que 27 % déclarent ne pas avoir d’avis tranché sur la question. L’enquête, réalisée en ligne du 31 août au 3 septembre 2026 auprès d’un échantillon de 1 039 personnes représentatif de la population nationale, met en lumière des clivages générationnels et politiques marqués. Si les jeunes de 18 à 24 ans adhèrent majoritairement à cette idée (50 % de réponses favorables), les plus de 55 ans se montrent nettement plus réservés, avec seulement 39 % d’approbation. Au sein de l’échiquier politique, l’adhésion dépasse les frontières de La France insoumise (63 % de soutien) pour toucher les sympathisants socialistes (46 %), mais aussi, de manière plus surprenante, 42 % du bloc central et 47 % des proches des Républicains.
Une mesure ciblée sur les banques centrales
Pour comprendre la portée de cette adhésion populaire, il convient de préciser la nature exacte de la proposition formulée par le mouvement de Jean-Luc Mélenchon. Contrairement à une idée reçue, l’ancien candidat à l’élection présidentielle ne suggère pas d’effacer l’intégralité des engagements financiers de la France auprès de ses créanciers privés ou des épargnants. La proposition formulée par Jean-Luc Mélenchon vise exclusivement les 18 % de la dette nationale détenus par l’eurosystème. Cette fraction de la dette souveraine est actuellement logée au bilan de la Banque de France et, par extension, de la Banque centrale européenne (BCE). Le reste de la dette publique demeure détenu par des acteurs financiers classiques tels que les assureurs, les banques de détail ou les investisseurs internationaux. Cette distinction technique est essentielle : elle préserve l’épargne directe des citoyens français tout en ciblant une institution publique européenne. Ce projet n’est d’ailleurs pas inédit pour la gauche radicale ; Jean-Luc Mélenchon l’avait déjà défendu à la tribune de l’Assemblée nationale en 2020, avant de l’intégrer officiellement dans son programme présidentiel de 2022, intitulé « L’Avenir en commun ».
L’argumentation des économistes favorables
Sur le plan théorique, cette proposition n’émane pas seulement d’une volonté politique, mais s’appuie également sur des argumentaires développés par plusieurs figures du monde universitaire. Plus d’une centaine d’économistes estiment que cette annulation offrirait aux États les marges de manœuvre nécessaires pour financer la transition écologique. Dans une tribune collective publiée en 2021, des universitaires renommés tels que Thomas Piketty ou Nicolas Dufrêne plaidaient ainsi pour une telle mesure de table rase partielle. Selon leurs analyses, un allègement de cette dette institutionnelle permettrait d’engager des investissements publics massifs sans aggraver la pression fiscale sur les ménages, tout en finançant la reconstruction sociale, éducative et environnementale du pays après les crises successives. Ce courant de pensée considère que la détention publique de la dette offre une occasion unique de restructuration financière, la banque centrale pouvant théoriquement absorber ces pertes sans risquer la faillite, contrairement à un acteur financier privé.
À lire aussi Présidentielle 2027 : le socialiste Karim Bouamrane officialise sa candidature
Une levée de boucliers politique et institutionnelle
Toutefois, cette vision se heurte à une opposition doctrinale et institutionnelle quasi unanime de la part des gardiens de l’orthodoxie budgétaire en Europe. Les opposants à la mesure, de l’ancien Premier ministre Gabriel Attal aux dirigeants des banques centrales européenne et allemande, alertent sur l’illégalité et les risques économiques d’un tel mécanisme. Gabriel Attal avait ainsi balayé d’un revers de main cette hypothèse, affirmant qu’elle exposerait la France à la crise financière la plus grave de son histoire contemporaine en dégradant sa crédibilité sur les marchés internationaux. Sur le plan monétaire, Christine Lagarde, présidente de la BCE, rejette catégoriquement cette option. Cette position de fermeté a été réaffirmée début septembre par Joachim Nagel, président de la Bundesbank allemande. Ce dernier a rappelé avec force que les traités européens interdisent de manière absolue le « financement monétaire des gouvernements », une règle d’or destinée à prémunir la zone euro contre les dérives inflationnistes et la perte de confiance dans la monnaie unique.
Un débat appelé à se prolonger dans l’arène politique
Le débat s’annonce d’autant plus vif que la situation budgétaire de la France demeure sous surveillance étroite de ses partenaires européens et des agences de notation financière. Alors que le débat sur les finances publiques s’intensifie, Jean-Luc Mélenchon devrait réaffirmer cette position lors de ses prochaines interventions publiques à Lille et à la Fête de l’Humanité. Ce calendrier politique offre au leader insoumis une tribune de choix pour ancrer cette thématique au cœur des discussions préparatoires aux prochaines échéances électorales majeures, notamment la perspective de l’élection présidentielle de 2027. Face à des opposants qui dénoncent une dérive démagogique et des partisans qui y voient une clé de souveraineté économique, la question du traitement de la dette publique s’affirme plus que jamais comme un marqueur idéologique majeur de la vie politique française contemporaine.