- Le Rassemblement national (RN) ambitionne de remporter au moins sept sièges supplémentaires lors des élections sénatoriales du dimanche 27 septembre.
- Avec actuellement trois sénateurs, le parti doit atteindre le seuil de dix élus pour former un groupe parlementaire autonome au Palais du Luxembourg.
- La stratégie de campagne repose sur une alliance avec l’Union des droites pour la République (UDR) d’Éric Ciotti et sur un ciblage accru des élus locaux sans étiquette.
Un scrutin stratégique à l’approche des échéances nationales

Le renouvellement partiel de la chambre haute représente un enjeu politique de premier plan pour le Rassemblement national (RN). À sept mois de l’élection présidentielle, la formation présidée par Marine Le Pen cherche à s’installer durablement au sein de toutes les institutions de la République française. Ne comptant actuellement que trois sénateurs sur les bancs du Palais du Luxembourg, le parti s’est fixé pour objectif d’obtenir au moins sept sièges supplémentaires lors de ce scrutin indirect. La constitution d’un groupe parlementaire au Sénat marquerait une étape institutionnelle inédite pour le Rassemblement national, renforçant sa crédibilité et sa visibilité à l’approche de l’échéance présidentielle. L’obtention de dix sénateurs, seuil réglementaire requis pour former un groupe autonome, accorderait au mouvement des moyens financiers accrus, un temps de parole élargi lors des débats et des questions au gouvernement, ainsi qu’une représentation de plein droit au sein des commissions permanentes et de la conférence des présidents de la haute assemblée.
Une présence territoriale renforcée par les récents scrutins
Pour piloter cette campagne cruciale qui se joue principalement sur le terrain, le mouvement a désigné Ludovic Pajot, maire de Bruay-la-Buissière dans le Pas-de-Calais, comme directeur de campagne. Les instances nationales ont méticuleusement préparé ce scrutin en auditionnant chaque candidat devant la commission nationale d’investiture. Le parti a fait le choix stratégique de présenter des listes ou des candidats dans l’intégralité des départements concernés par le renouvellement, à l’exception de quelques territoires préservés pour son allié de l’Union des droites pour la République (UDR). Le Rassemblement national s’appuie sur un vivier de parlementaires et d’élus locaux d’expérience pour mener ses listes départementales à travers le pays. Parmi les têtes d’affiche figurent plusieurs députés en exercice, à l’instar de Frank Giletti dans le Var, de Manon Bouquin dans l’Hérault ou encore de Julien Rancoule dans l’Aude. En Gironde, la députée Edwige Diaz conduit une liste d’ouverture, tandis que dans la Sarthe, la liste est menée par Marie-Caroline Le Pen, suivie du nouveau maire de La Flèche, Romain Lemoigne, et de Virginie de Gaulle, maire sans étiquette d’une commune rurale.
Cibler la ruralité et les élus sans étiquette
Le mode de scrutin des sénatoriales, où le corps électoral est exclusivement composé de grands électeurs (députés, sénateurs, conseillers régionaux, départementaux et délégués des conseils municipaux), impose une approche de terrain très ciblée. Disposant d’un nombre plus important d’élus locaux grâce à sa progression lors des élections municipales de mars 2026 et de ses succès parlementaires de 2024, le parti ne peut cependant pas se contenter de ses seules voix militantes pour atteindre son objectif de dix sénateurs. Pour remporter ces précieux sièges, la stratégie du parti repose sur une séduction active des maires ruraux et des conseillers municipaux sans étiquette politique. Philippe Olivier, cadre du parti et actif dans la Sarthe, souligne qu’une exaspération profonde habite de nombreux maires ruraux, confrontés à la baisse des dotations et à la complexité administrative. Le RN espère capter ce mécontentement en intégrant des figures issues de la société civile ou du monde agricole, comme en Corrèze où une ancienne dirigeante du syndicat de la Coordination rurale a rejoint la liste du parti.
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L’historique d’une quête de légitimité à la chambre haute
L’histoire du parti au Sénat a longtemps été marquée par une présence sporadique et fragile. Il y a douze ans, en septembre 2014, le Front national franchissait pour la première fois les portes du Palais du Luxembourg avec l’élection de David Rachline dans le Var et de Stéphane Ravier dans les Bouches-du-Rhône. Cette percée historique s’est toutefois effritée au fil des années : David Rachline a démissionné de son mandat sénatorial en 2017 pour se consacrer à sa mairie de Fréjus, avant de quitter le parti fin 2025 en raison de procédures judiciaires, tandis que Stéphane Ravier a choisi de rejoindre le parti d’Éric Zemmour en 2022. La reconstruction d’une assise sénatoriale solide a réellement débuté en 2023 lorsque le parti a reconquis trois sièges dans le Nord, le Pas-de-Calais et la Seine-et-Marne. L’enjeu de cette année est de pérenniser ce retour et de transformer cet ancrage éparpillé en une force politique collective structurée, capable d’influer sur le travail législatif de manière coordonnée.
L’alliance avec l’UDR d’Éric Ciotti comme levier
Le principal accélérateur de cette campagne pourrait s’avérer être l’accord politique noué avec Éric Ciotti et son parti, l’Union des droites pour la République. Cette alliance électorale permet de surmonter le traditionnel isolement du parti lors des scrutins majoritaires indirects en offrant des ponts vers les élus de la droite républicaine traditionnelle. L’alliance avec l’UDR d’Éric Ciotti vise à rassurer les grands électeurs modérés et à maximiser les reports de voix au second tour des scrutins départementaux. En partageant certaines circonscriptions et en présentant des listes communes ou de rassemblement, les deux formations espèrent briser le plafond de verre sénatorial. Le directeur de campagne, Ludovic Pajot, observe d’ailleurs un changement d’attitude sur le terrain, affirmant que les portes des mairies, y compris de sensibilités diverses, s’ouvrent désormais plus facilement aux candidats du Rassemblement national, à l’image des réceptions accordées par des élus locaux en Guyane ou dans plusieurs territoires ruraux de l’Hexagone.