- Le gouvernement de Sébastien Lecornu présente ce jeudi les projets de loi de finances (PLF) et de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2027.
- Face à une charge de la dette estimée à 91 milliards d’euros en 2027 et des taux d’intérêt à 10 ans dépassant 4,8 %, l’exécutif vise un déficit de 5 % du PIB.
- Les mesures prévoient une contribution des retraités à hauteur de 5,5 milliards d’euros, un gel du point d’indice des fonctionnaires et une hausse de la fiscalité sur certaines entreprises.
Un cadrage budgétaire sous la surveillance étroite des marchés

Le gouvernement français présente ce jeudi 1er octobre 2026 son projet de loi de finances (PLF) et son projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour l’exercice 2027. Ce rendez-vous budgétaire crucial intervient dans un contexte de forte tension sur les marchés obligataires, marqué par une hausse rapide du coût de refinancement de la dette de l’État. Mardi, les taux d’intérêt à dix ans pour la France ont franchi le seuil de 4,8 %, un niveau inédit depuis la crise financière de 2008. Face à cette situation, le Premier ministre Sébastien Lecornu a troqué son objectif initial d’un budget « offensif » pour plaider en faveur d’un « budget de redressement ». La hausse des taux d’intérêt à 10 ans au-delà de 4,8 % accentue la pression financière sur la France. Selon les prévisions du ministère de l’Économie, la charge de la dette (les intérêts payés par l’État) devrait s’élever à 79 milliards d’euros cette année, dont 65 milliards pour le seul budget de l’État, avant de culminer à 91 milliards d’euros l’an prochain. Amélie de Montchalin, première présidente de la Cour des comptes, a d’ailleurs publiquement appelé la classe politique à prendre conscience de l’urgence de la situation.
Des objectifs macroéconomiques revus à la baisse
Pour stabiliser les comptes publics, l’exécutif s’appuie sur une prévision de croissance économique modérée, estimée à 1 % pour l’année 2027. Dans ce cadre, la trajectoire budgétaire présentée vise à ramener le déficit public de 5,4 % du produit intérieur brut (PIB) cette année à 5 % en 2027. L’exécutif table sur une croissance de 1 % pour ramener le déficit public à 5 % du PIB en 2027. Cet ajustement repose sur un plan global d’économies de 54 milliards d’euros annoncé au début de l’année, dont une part prépondérante de 45 milliards d’euros doit être matérialisée dès 2027. En dépit de ces coupes budgétaires, le niveau global d’endettement de la France devrait atteindre un nouveau record historique à 121,7 % du PIB. Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, a insisté sur l’obligation de faire des choix clairs pour empêcher le pays de s’enfoncer dans une spirale de surendettement.
Les retraités sollicités pour redresser la Sécurité sociale
Le redressement des finances publiques passe par un effort important demandé à la protection sociale. Le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, a annoncé l’intention du gouvernement de diviser par près de deux le déficit de la Sécurité sociale en 2027 afin de le stabiliser entre 12 et 13 milliards d’euros. Pour y parvenir, les retraités seront mis à contribution à hauteur de 5,5 milliards d’euros, une mesure particulièrement sensible sur le plan politique. Les retraités percevant plus de 1 260 euros par mois verront leur pension désindexée de l’inflation. De plus, le plafond de l’abattement fiscal de 10 % dont bénéficient les ménages retraités sur l’impôt sur le revenu sera abaissé à 3 000 euros, contre 4 439 euros actuellement. Ces arbitrages fiscaux et sociaux s’annoncent d’ores et déjà comme l’un des principaux points de discorde lors des débats parlementaires.
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Régulation des dépenses de l’État et grogne des services publics
Le plan gouvernemental prévoit également d’importantes réductions de dépenses au sein des administrations centrales. Le ministère du Travail verra ainsi ses crédits réduits de 2,5 milliards d’euros. Dans la fonction publique, l’exécutif a acté le gel du point d’indice, bloquant ainsi l’évolution de la rémunération de base des agents de l’État. Cette mesure a immédiatement déclenché la colère des organisations syndicales. Le gel du point d’indice des fonctionnaires suscite une forte contestation sociale. Les manifestations organisées mardi pour la défense du pouvoir d’achat ont rassemblé plus de 200 000 personnes à travers le pays selon le ministère de l’Intérieur, et jusqu’à 300 000 selon les organisateurs. Les collectivités locales devront quant à elles réaliser un effort d’économies de 5,4 milliards d’euros, une ponction qu’elles jugent abusive et disproportionnée par rapport à leurs capacités réelles.
Des prélèvements ciblés sur les entreprises et les secteurs clés
Tout en excluant une hausse générale des impôts, le gouvernement prévoit d’augmenter les prélèvements obligatoires pour qu’ils atteignent 44,2 % du PIB en 2027, contre 43,9 % en 2026. Cette hausse sera principalement alimentée par la révision de certaines niches fiscales et une mise à contribution des entreprises. Sans hausse d’impôt généralisée, le budget prévoit d’augmenter les recettes via des taxes ciblées. Les exonérations de cotisations patronales seront limitées, et une taxe supplémentaire de 800 millions d’euros sera imposée aux exploitants d’autoroutes et d’aéroports. De plus, une nouvelle taxe sur les produits sucrés, justifiée par la lutte contre l’obésité, suscite déjà l’opposition des professionnels de l’agroalimentaire. Présenté à sept mois de l’élection présidentielle, ce budget qualifié de « récessif » et d’« injuste » par le Parti socialiste s’annonce à haut risque pour le gouvernement face à la menace permanente d’une motion de censure.