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jeudi 24 septembre 2026
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Maroc : de fortes abstentions aux législatives sur fond de tensions sociales

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Maroc : de fortes abstentions aux législatives sur fond de tensions sociales
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L’essentiel
  • Le taux de participation aux élections législatives s’est établi à 38,02 %, son niveau le plus bas depuis près de deux décennies.
  • Le scrutin intervient dans un climat marqué par le chômage, les inégalités territoriales et des doutes sur le coût du Mondial-2030.
  • La coalition sortante du Rassemblement national des indépendants (RNI) affronte le Parti authenticité et modernité (PAM) et l’opposition du PJD.

Une abstention record traduisant une crise de confiance

Le ministère marocain de l’Intérieur a officialisé les chiffres : le taux de participation national s’est élevé à 38,02 % lors du scrutin législatif du mercredi 23 septembre 2026. Ce résultat constitue un fléchissement notable par rapport au précédent scrutin de 2021, qui avait mobilisé 50,35 % de l’électorat, et frôle le record historique d’abstention enregistré en 2007 avec 36,89 %. Sur un corps électoral de près de 16 millions d’inscrits, pour une population totale estimée à 36 millions d’habitants, plus de la majorité des citoyens en âge de voter a choisi de ne pas se rendre dans les bureaux de vote. Ce reflux de la participation électorale témoigne d’une distance croissante entre les citoyens et les institutions représentatives du Royaume. Les autorités ont néanmoins tenu à préciser que les opérations électorales s’étaient déroulées de manière fluide et conforme sur l’ensemble du territoire national, en dehors de quelques incidents extrêmement localisés. Ce faible engouement illustre une forme de désillusion démocratique, exprimée par certains électeurs qui déclarent ne plus accorder de crédit à l’offre politique actuelle, regrettant que les réformes promises ne répondent pas directement à leurs difficultés quotidiennes en matière d’éducation, de santé ou de pouvoir d’achat. À l’inverse, d’autres électeurs considèrent encore le vote comme le seul moyen de tester la capacité de renouvellement des partis de l’exécutif.

Les tensions sociales et le grand écart du Mondial-2030

Cette élection s’est déroulée dans un climat marqué par de vives préoccupations économiques et sociales. L’épisode de la crise migratoire survenu à la fin du mois de juillet dernier à Ceuta, l’enclave espagnole, a mis en lumière l’absence de perspectives professionnelles pour une part importante de la jeunesse marocaine. Bien que cet événement n’ait pas constitué le thème central de la campagne électorale officielle, les problématiques structurelles qu’il sous-tend · notamment le chômage persistant · ont largement irrigué les débats publics. Parallèlement, la stratégie économique de développement national suscite des interrogations au sein de l’opinion publique. Le pays est en effet engagé dans de vastes chantiers d’infrastructures de transport et d’aménagement dans la perspective de l’organisation conjointe de la Coupe du monde de football en 2030 avec l’Espagne et le Portugal. L’écart perçu entre les investissements de prestige pour le Mondial-2030 et les urgences du quotidien alimente le ressentiment d’une partie de la population. Des observateurs indépendants rappellent que ce pari sportif et financier s’avère lourd pour les finances publiques, ce qui est parfois jugé par les citoyens comme déconnecté des priorités sociales telles que la résorption des inégalités territoriales, le développement du monde rural et l’accès à des services publics de qualité.

L’équilibre des pouvoirs et le rôle de la monarchie

Pour comprendre la portée de ces élections législatives, il convient de rappeler le fonctionnement des institutions marocaines. Les électeurs étaient appelés à élire les 395 députés qui siègent au sein de la Chambre des représentants. Selon les règles constitutionnelles en vigueur, le roi Mohammed VI nommera le futur chef du gouvernement au sein du parti politique qui obtiendra le plus grand nombre de sièges à l’issue du dépouillement. Ce dernier aura ensuite la responsabilité de négocier et de constituer une coalition pour gouverner le pays pour un mandat de cinq ans. Cependant, l’architecture institutionnelle marocaine limite la portée de ce changement d’exécutif. Bien que le scrutin détermine la couleur de la coalition gouvernementale, les orientations stratégiques majeures du Maroc demeurent sous l’autorité directe du souverain. Cette dualité explique en partie l’attitude réservée des électeurs, qui perçoivent parfois l’action des ministres et des députés comme secondaire par rapport aux décisions directes de la Couronne sur les dossiers régaliens et les grands choix de politique étrangère ou d’investissement.

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Le duel de la majorité sortante et l’alternative de l’opposition

La bataille pour la première place s’est principalement concentrée autour de deux partis de centre-droit, de sensibilités proches et traditionnellement liés au palais royal. Le Rassemblement national des indépendants (RNI), qui dirigeait la coalition gouvernementale sortante, faisait figure de favori. Bien qu’il ait officiellement quitté la présidence de son parti, le chef du gouvernement sortant et homme d’affaires Aziz Akhannouch a activement mené campagne. Il a défendu le bilan de sa majorité en mettant en avant les réformes engagées dans les secteurs de la santé et de l’éducation, ainsi que les hausses de salaires accordées. Ses détracteurs ont toutefois régulièrement pointé du doigt de possibles conflits d’intérêts liés à ses activités économiques majeures, notamment à travers sa société de distribution d’hydrocarbures. Face au RNI, le Parti authenticité et modernité (PAM) s’est imposé comme le principal concurrent. Le PAM s’est récemment renforcé en attirant des figures à forte visibilité médiatique, à l’instar du ministre du Budget Fouzi Lekjaa, qui a axé son discours de campagne sur l’intégration économique des jeunes. De son côté, l’opposition incarnée par le Parti de la justice et du développement (PJD), de sensibilité islamiste, a tenté de capitaliser sur la déception des électeurs en se positionnant comme un rempart contre la corruption et en prônant une rupture politique. La compétition électorale s’est principalement jouée entre deux formations de centre-droit proches du palais, tandis que l’opposition islamiste a tenté d’incarner une rupture.

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Écrit par
Claire Vasseur

Suit l'exécutif et les arbitrages de Matignon.

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