- L’administration de Donald Trump envisage de supprimer les catégories ethniques et raciales pour le recensement de 2030 aux États-Unis.
- Le projet prévoit également d’exclure les immigrés en situation irrégulière du calcul de la population servant à répartir les sièges au Congrès.
- Cette réforme, qui vise un modèle d’État dit « colorblind », suscite une vive opposition des associations de défense des droits civiques.
- Un projet similaire lors du premier mandat de Donald Trump avait été bloqué par la Cour suprême en 2020.
Un projet de refonte globale du recensement américain
Le Census Bureau des États-Unis examine actuellement une proposition majeure émanant de l’administration de Donald Trump pour la prochaine grande enquête décennale prévue en 2030. Ce projet vise à faire disparaître les critères d’identification raciale et ethnique qui figurent traditionnellement sur les formulaires de recensement. Concrètement, les citoyens américains n’auraient plus à cocher de cases pour s’auto-identifier comme « Blanc », « Noir ou Afro-Américain », « Asiatique » ou « Amérindien », et plusieurs questions relatives aux origines ethniques précises seraient tout simplement supprimées. La mesure a été officiellement soumise à une phase de consultation publique, marquant le début d’un processus administratif complexe et hautement politique. L’administration républicaine souhaite rompre avec plusieurs décennies de collecte de données démographiques basées sur l’origine ethnique. Ce virage idéologique est présenté par ses promoteurs comme un retour à un État « colorblind », c’est-à-dire un modèle institutionnel qui refuse d’opérer la moindre distinction entre les citoyens en fonction de leur couleur de peau ou de leurs origines.
Le débat entre modèle universel et mesure des discriminations
La suppression de ces données statistiques soulève d’importantes questions méthodologiques et politiques quant à la gestion des politiques publiques outre-Atlantique. Historiquement, le décompte par catégories ethno-raciales ne répond pas seulement à une logique de description démographique, mais constitue un outil d’analyse sociale indispensable pour les administrations et les chercheurs. Ces informations chiffrées permettent en effet de mesurer avec précision les disparités socio-économiques entre les différentes communautés américaines, notamment en matière d’accès au logement, de niveaux de revenus, d’éducation, d’emploi ou de couverture médicale. De plus, ces statistiques servent de base juridique pour prouver d’éventuelles discriminations et pour veiller à la bonne représentativité des minorités lors du découpage des circonscriptions électorales. Pour les partisans du projet, la catégorisation raciale entretient des divisions contraires au principe d’égalité républicaine. À l’inverse, les organisations de défense des droits civiques s’alarment de cette perspective, soulignant que masquer ces données rendra la lutte contre les inégalités structurelles beaucoup plus difficile, voire impossible, faute d’indicateurs fiables pour guider les politiques correctives.
La question cruciale de la répartition des sièges au Congrès
Au-delà de la philosophie sociale, le projet de réforme de l’administration Trump recèle un enjeu électoral immédiat et d’une portée considérable pour l’équilibre du pouvoir à Washington. L’exécutif souhaite modifier profondément les règles déterminant quelles personnes physiques sont comptabilisées pour établir la représentation politique des différents États fédérés. Actuellement, le recensement prend en compte l’intégralité des résidents vivant sur le sol américain, indépendamment de leur statut juridique ou de leur nationalité. L’administration républicaine propose d’exclure formellement de ce calcul les immigrés en situation irrégulière ainsi que certaines catégories de personnes présentes de manière temporaire sur le territoire national. Cette exclusion administrative pourrait considérablement affaiblir l’influence de certains États au niveau fédéral. La modification du mode de calcul de la population résidente pourrait modifier l’équilibre politique de plusieurs grands États américains. En effet, le poids démographique détermine directement le nombre de sièges attribués à chaque État au sein de la Chambre des représentants, ainsi que le nombre de grands électeurs alloués pour les scrutins présidentiels. Les États qui abritent d’importantes communautés d’immigrés, à l’image de la Californie, du Texas ou de la Floride, risquent de voir leur représentation politique diminuer. Les opposants dénoncent une manœuvre géopolitique interne visant à pénaliser les zones à forte immigration, tandis que le gouvernement rétorque qu’un individu en situation irrégulière ne saurait légitimement influer sur la représentation législative des citoyens en règle.
À lire aussi États-Unis : Donald Trump propose un crédit d’impôt pour rapatrier les tournages à Hollywood
Une bataille juridique et constitutionnelle en perspective
Cette initiative s’inscrit dans la continuité des efforts menés sous le premier mandat de Donald Trump, qui s’étaient toutefois heurtés à d’importants obstacles institutionnels. En 2020, l’administration républicaine avait tenté d’introduire une question explicite sur la citoyenneté au sein du questionnaire de recensement, une démarche qui avait finalement été invalidée par la Cour suprême des États-Unis. Pour contourner les difficultés techniques et les réticences des sondés, la nouvelle stratégie gouvernementale prévoit de s’appuyer sur le croisement des bases de données d’autres administrations publiques afin d’identifier le statut de chaque résident. Néanmoins, ce dispositif réformé s’annonce d’ores et déjà comme le point de départ d’une vaste bataille juridique. Les opposants à la réforme s’appuient sur le XIVe amendement de la Constitution pour contester la légalité de cette initiative. Ce texte fondateur de l’ordre constitutionnel américain stipule explicitement que la répartition des sièges à la Chambre des représentants doit s’effectuer en fonction du « nombre total de personnes » établies dans chaque État, une formulation qui, selon les constitutionnalistes, englobe l’ensemble des résidents physiques sans distinction de statut migratoire.