- Le parti d’extrême droite AfD a réuni 44 % des suffrages, soit environ 576 000 voix, lors du scrutin régional en Saxe-Anhalt.
- Le manifeste local de la formation prône la rupture démocratique, la fin du droit d’asile et la « remigration » des immigrés réguliers.
- Les figures nationalistes européennes comme Marine Le Pen et Giorgia Meloni ont observé un silence prudent face à cette victoire.
- À l’échelle fédérale, l’AfD atteint désormais 27 % d’intentions de vote dans les sondages nationaux en Allemagne.
Un séisme électoral dans un Land d’Allemagne de l’Est

Les résultats du scrutin régional en Saxe-Anhalt ont provoqué une onde de choc politique bien au-delà des frontières de ce petit État fédéré d’Allemagne orientale. Lors des élections qui se sont tenues ce dimanche 6 septembre, l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) a recueilli 44 % des suffrages exprimés, soit le choix de 576 000 électeurs locaux. Ce Land, qui ne compte plus qu’environ deux millions d’habitants contre trois millions au moment de la réunification allemande, est historiquement marqué par un sentiment de marginalisation économique et sociale par rapport à l’Ouest. Bien que la situation industrielle ne soit pas totalement dévastée, le PIB de la région devrait atteindre 80 % de la moyenne ouest-allemande d’ici 2026, contre seulement 40 % enregistrés en 1990. Ce basculement électoral s’explique en partie par l’histoire spécifique des nouveaux Länder de l’Est, marqués par 45 ans de régime communiste après la Seconde Guerre mondiale, une transition historique qui a laissé des traces durables dans le comportement électoral.
La dérive idéologique d’une antenne régionale particulièrement radicale
Au sein de la mouvance nationaliste allemande, la fédération de l’AfD en Saxe-Anhalt incarne une ligne particulièrement dure, en rupture assumée avec le modèle libéral. Le manifeste adopté par le parti en avril à Magdebourg, la capitale régionale, détaille un projet de société d’une radicalité sans précédent. Le document prône ouvertement une « guerre culturelle contre le consensus libéral et démocratique » et avance des propositions de rupture institutionnelle majeure. Parmi ces mesures figurent l’abolition de la scolarité obligatoire au profit de l’enseignement à domicile, la suppression du programme éducatif « école sans racisme » et le remplacement de la police par une garde civique volontaire. Le parti y théorise également un projet de « remigration » visant à expulser des immigrés en situation régulière et des citoyens naturalisés, tout en réclamant la suppression du droit d’asile. Le manifeste s’en prend également aux institutions culturelles et médiatiques, exigeant la résiliation du contrat de la télévision publique allemande et promettant de lutter activement contre l’architecture Bauhaus.
Les distances prises par les leaders nationalistes européens
La virulence de ce programme et les références historiques qu’il convoque expliquent la réserve observée par d’autres figures de l’extrême droite européenne. Ni la Française Marine Le Pen, ni l’Italienne Giorgia Meloni n’ont salué ce succès électoral, marquant ainsi une rupture stratégique majeure au sein de la droite radicale sur le continent. Cette distance prudente illustre les fractures profondes entre une aile pragmatique en quête de respectabilité et une frange doctrinale intransigeante. Ce clivage s’était déjà matérialisé de manière spectaculaire en 2024, lorsque le Rassemblement National avait rompu ses liens avec l’AfD au Parlement européen après qu’un dirigeant allemand eut minimisé les crimes de la SS. De son côté, Giorgia Meloni, solidement ancrée dans une posture pro-OTAN et pro-Ukraine au niveau européen, s’éloigne drastiquement des positions prorusses affichées par l’AfD allemande.
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Une dynamique nationale et des tensions géopolitiques accrues
Au-delà de ce scrutin local, la poussée de l’AfD s’inscrit dans une dynamique nationale qui redessine les équilibres politiques de la première puissance économique d’Europe. Les sondages créditent désormais l’AfD de 27 % des intentions de vote à l’échelle fédérale, oscillant entre 10 % et 20 % dans les Länder de l’Ouest. Ce positionnement est d’autant plus scruté que le parti défend une ligne ouvertement favorable au Kremlin, rejoignant sur ce point l’alliance d’extrême gauche BSW de Sahra Wagenknecht. Ces deux formations réclament l’arrêt immédiat de l’aide militaire à l’Ukraine et un rapprochement stratégique avec Moscou. La montée de ces forces contestatrices bouscule les partis de gouvernement traditionnels, contraints de composer avec un paysage politique de plus en plus fragmenté et polarisé.