- Les Brésiliens s’apprêtent à élire leur président les 4 et 25 octobre 2026 dans un scrutin opposant le président sortant Lula à Flávio Bolsonaro.
- Le bilan écologique de Luiz Inácio Lula da Silva montre des progrès contre la déforestation de l’Amazonie, mais reste marqué par des projets contestés d’infrastructures.
- Le candidat d’extrême droite Flávio Bolsonaro prône un assouplissement des normes réglementaires et s’oppose aux délimitations de terres autochtones.
Un scrutin présidentiel polarisé aux enjeux climatiques majeurs

Le Brésil s’apprête à vivre des scrutins présidentiel et législatif cruciaux les 4 et 25 octobre 2026. Cette échéance électorale majeure se déroule dans un climat de vive polarisation politique, marqué par un duel serré entre le président sortant, Luiz Inácio Lula da Silva, représentant du Parti des Travailleurs (centre-gauche), et son principal opposant, Flávio Bolsonaro. Ce dernier porte les couleurs de l’extrême droite à la suite de la condamnation de son père, l’ancien président Jair Bolsonaro, à 27 ans de réclusion criminelle en septembre 2025 pour une tentative de coup d’État. Les enquêtes d’opinion les plus récentes placent les deux hommes dans un mouchoir de poche, accordant seulement un très léger avantage au chef de l’État en exercice. Dans ce contexte d’incertitude politique, les mobilisations citoyennes s’intensifient, à l’instar de la marche pour le climat qui s’est tenue à Rio de Janeiro le 20 septembre 2026 sur la plage de Leme. Pour les divers collectifs écologistes engagés, l’issue de ce vote est déterminante pour l’avenir des écosystèmes brésiliens. Bien que les militants pour l’environnement formulent des critiques substantielles à l’égard de l’actuel gouvernement, la crainte d’une victoire de l’extrême droite unit les forces progressistes.
Le bilan environnemental de Lula : des avancées mesurables contre la déforestation
Durant son mandat actuel, Luiz Inácio Lula da Silva a recentré l’action publique sur la lutte contre la destruction de la forêt amazonienne, une zone écologique vitale qui concentre plus de 65 % de la forêt vierge du pays. Les statistiques officielles mettent en lumière une nette inflexion de la courbe de la déforestation. Selon les observations satellitaires de l’Institut national de recherche spatiale (Inpe), l’Amazonie brésilienne a perdu 1 295 kilomètres carrés de végétation native durant le premier semestre de l’année 2025, établissant ainsi le bilan le plus bas enregistré pour cette période depuis dix ans. Sur le front des incendies forestiers, l’organisation non gouvernementale Mapbiomas rapporte que 12,7 millions d’hectares de forêts ont brûlé en 2025 au Brésil. Si ce chiffre reste élevé, il représente néanmoins une baisse de 31 % par rapport à la moyenne historique calculée depuis 1985. Ces améliorations découlent principalement de la réhabilitation des agences publiques de contrôle environnemental et de l’instauration d’une Politique nationale de gestion intégrée des feux (PMIF). Cette stratégie repose notamment sur un encadrement plus rigoureux des exploitants ruraux, s’inscrivant dans l’objectif présidentiel d’atteindre le seuil de zéro déforestation d’ici l’horizon 2030.
Les contradictions d’un modèle de développement industriel en Amazonie
Malgré ces indicateurs encourageants, la politique de conciliation menée par l’administration de centre-gauche fait l’objet de vives contestations internes. Les militants écologistes déplorent l’orientation développementaliste du président sortant, accusé de vouloir mener de front des objectifs économiques et environnementaux incompatibles. Parmi les points de discorde majeurs figure le projet d’exploration de gisements d’hydrocarbures situés à l’embouchure du fleuve Amazone, une initiative justifiée par le pouvoir comme un moyen d’autofinancer la transition écologique nationale. D’autres projets d’infrastructures de transport de grande envergure suscitent l’inquiétude, à l’instar du projet de goudronnage de la route BR-319, qui s’étend sur près de 900 kilomètres entre Porto Velho et Manaus, ou encore du Ferrogrão. Ce projet de ligne ferroviaire de plus de 930 kilomètres, conçu pour acheminer le soja de l’agronégoce du nord au sud de l’Amazonie, suscite de fortes oppositions. Ces grands chantiers d’aménagement créent des frictions importantes entre le pouvoir exécutif et les organisations de la société civile qui l’avaient soutenu lors de sa prise de fonctions.
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La crainte d’un retour aux politiques de l’ère Bolsonaro
En dépit de ces désaccords, la perspective d’une victoire électorale de Flávio Bolsonaro génère une inquiétude profonde parmi les défenseurs de la nature. Le programme proposé par le candidat d’extrême droite reste vague, suggérant implicitement la reprise des politiques mises en œuvre sous la présidence de son père entre 2019 et 2022, période durant laquelle la déforestation avait atteint un sommet de 45 600 kilomètres carrés. Flávio Bolsonaro s’est prononcé publiquement, notamment en avril 2026, contre l’établissement de nouvelles démarcations administratives pour les territoires des peuples autochtones. Il préconise également un assouplissement généralisé des exigences et des contrôles environnementaux pour faciliter les activités industrielles et agricoles. Cette orientation dérégulatrice pourrait facilement se concrétiser en raison d’un Congrès national dont la composition reste historiquement acquise aux intérêts des grands propriétaires terriens et de l’agronégoce. Ce déséquilibre législatif fait craindre aux mouvements sociaux, y compris aux candidates issues des communautés traditionnelles comme Neusa Guarani qui brigue un siège à l’assemblée de l’État de Rio, une régression majeure des droits environnementaux et humains au Brésil.