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vendredi 2 octobre 2026
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Élections législatives au Maroc : recomposition politique ou simple alternance des partis ?

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Élections législatives au Maroc : recomposition politique ou simple alternance des partis ?
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L’essentiel
  • Le Parti authenticité et modernité (PAM) arrive en tête du scrutin du 23 septembre 2026 avec 97 sièges, devançant le parti du Premier ministre sortant.
  • Le taux de participation s’effondre à 38,02 %, marquant une rupture accentuée avec la jeunesse et les enjeux sociaux.
  • Le parti islamiste conservateur PJD effectue un retour notable dans l’hémicycle en obtenant 54 sièges.

Le PAM en tête devant le RNI, un basculement arithmétique

Élections législatives au Maroc : recomposition politique ou simple alternance des partis ?

Les urnes ont livré leur verdict au Maroc à l’issue des élections législatives du 23 septembre 2026. Les résultats officiels proclamés par le ministère de l’Intérieur dessinent une nouvelle physionomie pour la Chambre des représentants, qui compte un total de 395 sièges. Si les forces politiques en présence restent globalement identiques, la hiérarchie interne de la majorité sortante a connu un bouleversement notable. Le scrutin du 23 septembre 2026 consacre la victoire du Parti authenticité et modernité (PAM) avec 97 sièges, modifiant l’équilibre au sein de la coalition sortante. Cette formation d’inspiration libérale et conservatrice devance désormais le Rassemblement national des indépendants (RNI), le parti de centre-droit du Premier ministre sortant Aziz Akhannouch, qui n’obtient cette fois que 66 sièges. En troisième position, l’Istiqlal, parti nationaliste et historique, conserve une place centrale avec 65 sièges. En comparaison avec l’échéance de 2021, où le RNI caracolait en tête avec 102 sièges devant le PAM (87 sièges) et l’Istiqlal (81 sièges), la donne est renversée. Ce trio, qui gérait les affaires du royaume, se retrouve de nouveau au premier plan, mais dans un ordre de force inédit qui rebat les cartes de la future direction gouvernementale.

La crise de la participation et la distance de la jeunesse

Au-delà de la bataille pour la première place, le principal enseignement de ce scrutin réside dans l’effondrement de la participation électorale. Le taux de participation s’est établi à seulement 38,02 %, un chiffre en net recul par rapport aux législatives de 2021, qui avaient mobilisé plus de la moitié du corps électoral (50 %). Ce désintérêt marqué pour les urnes met en lumière une fracture profonde, particulièrement sensible chez les jeunes générations. Avec seulement 38,02 % de participation, l’abstention record interroge la capacité des formations politiques à canaliser les revendications sociales des jeunes générations. Les jeunes âgés de 18 à 24 ans ne représentent en effet que 4 % de l’ensemble des citoyens inscrits sur les listes électorales, alors même qu’ils forment une composante démographique majeure de la population marocaine. Ce fossé s’était déjà matérialisé lors des mobilisations citoyennes de la « Gen Z212 » en 2025, un mouvement au cours duquel la jeunesse avait vigoureusement réclamé des réformes structurelles touchant à l’éducation, à la santé, aux conditions de vie et à l’emploi. L’incapacité des partis à traduire cette colère sociale de la rue en expression politique dans les institutions reste un défi majeur pour la stabilité du système de représentation.

Le retour remarqué du courant islamiste du PJD

Parmi les mouvements marquants de cette élection, le retour en force du courant islamiste constitue la surprise majeure du scrutin. Le Parti de la justice et du développement (PJD), qui avait dirigé l’exécutif national durant une décennie de 2011 à 2021, signe un redressement spectaculaire après sa déroute historique de 2021, lors de laquelle il s’était effondré à seulement 4 sièges. Après sa déroute historique de 2021, le Parti de la justice et du développement (PJD) réalise une percée significative en obtenant 54 représentants. Ce retour au premier plan du PJD montre que son socle électoral et ses réseaux de mobilisation conservent une résilience certaine dans l’échiquier politique marocain. Bien que le parti reste à distance du vainqueur, sa forte progression lui permet de s’affirmer à nouveau comme une force d’opposition incontournable face aux partis libéraux et nationalistes de la coalition sortante. Cette dynamique pose la question d’un retour à une polarisation idéologique plus marquée au sein de l’hémicycle.

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Deux alliés gouvernementaux face à face

La confrontation électorale de 2026 a principalement opposé le PAM et le RNI, deux partis qui partageaient pourtant la gestion du pouvoir au sein du gouvernement sortant. Cette dualité interroge la nature même de la compétition politique dans le royaume : s’agit-il d’une authentique recomposition idéologique ou d’une simple redistribution de pouvoir entre élites partageant un même espace ? Bien que partenaires au sein de l’ancienne majorité, le RNI de centre-droit et le PAM d’inspiration moderniste se sont livrés une concurrence électorale directe. Le RNI, fondé en 1978 par Ahmed Osman, conserve son identité d’orientation libérale et entrepreneuriale, axée sur la promotion des investissements privés et le soutien au pouvoir d’achat, déclinée en 2026 sous le slogan « Dignité et opportunités pour tous ». De son côté, le PAM, créé en 2008 par Fouad Ali El Himma, se revendique d’une sensibilité de centre-gauche, moderniste et profondément attachée à l’institution royale. Avec son programme axé sur cinq pactes sectoriels, dont l’ambition d’engendrer un million d’emplois, le PAM a su capter un électorat désireux d’alternance sans pour autant rompre avec la continuité de l’action publique.

Le renouvellement des élites sous l’influence des notables

La campagne électorale de 2026 s’est également caractérisée par une théâtralisation de la rivalité politique, symbolisée par des mouvements de personnalités de premier plan. Le ralliement le plus marquant a été celui de Fouzi Lekjaâ au PAM le 25 juillet 2026. L’adhésion au PAM de Fouzi Lekjaâ illustre une circulation accrue des élites entre la haute administration, le sport et la sphère partisane. Personnalité incontournable du football marocain en tant que président de sa fédération depuis 2014, et longtemps perçu comme un haut technocrate de l’appareil d’État, son entrée officielle en politique partisane souligne l’étroitesse des liens entre la gestion publique, les réseaux sportifs d’envergure et les structures de pouvoir. Cette évolution s’inscrit dans la continuité de l’influence exercée par les notables locaux et les figures d’influence économique ou administrative. Qu’ils soient chefs d’entreprise ou cadres supérieurs, ces acteurs convertissent leur influence territoriale et leur visibilité publique en ressources de mobilisation électorale, renforçant la thèse d’un ajustement managérial de l’espace politique plutôt que d’une transformation profonde de ses fondements idéologiques.

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Écrit par
Claire Vasseur

Suit l'exécutif et les arbitrages de Matignon.

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