- Le préfet de police de Paris, Patrice Faure, a saisi la justice contre le maire LFI de Saint-Denis, Bally Bagayoko, pour des faits présumés de « provocation à commettre un délit ».
- Lors des blocages au lycée Paul-Éluard, l’élu local a affirmé que « la violence, à un moment donné, peut être légitime », tout en appelant à éviter les affrontements.
- Cette polémique survient à sept mois de l’élection présidentielle, exacerbant les tensions de sécurité publique entre le gouvernement de Sébastien Lecornu et La France insoumise.
Un signalement judiciaire pour provocation au délit

Le climat de tension qui entoure la mobilisation des lycéens à travers le pays vient de franchir un nouveau cap, glissant désormais sur le terrain judiciaire. Le préfet de police de Paris, Patrice Faure, a officiellement saisi la justice pour dénoncer le comportement et les déclarations de Bally Bagayoko, le maire de Saint-Denis affilié à La France insoumise (LFI). Visé par ce signalement pour des faits présumés de « provocation à commettre un délit », l’élu de Seine-Saint-Denis se retrouve au cœur d’une vive polémique institutionnelle. Selon les services de la préfecture de police, l’attitude physique de l’édile sur les points de tension ainsi que ses prises de parole publiques sont de nature à banaliser, auprès d’un public particulièrement jeune et influençable, le recours à la force ou les actes de vandalisme. La préfecture de police de Paris reproche ainsi formellement à l’élu d’adopter une posture susceptible de légitimer les dégradations matérielles et la violence chez les manifestants scolarisés. Cette initiative juridique intervient alors que le coût global des destructions liées aux blocages d’établissements scolaires se chiffre déjà à plusieurs dizaines de millions d’euros sur l’ensemble du territoire français, suscitant l’exaspération d’une large partie de la population. À ce titre, une récente enquête d’opinion indique que 81 % des Français sont désormais favorables à ce que les parents d’élèves mineurs assument financièrement le remboursement des dégâts commis par leurs enfants en marge de ces mobilisations.
Des propos controversés sur la légitimité de la violence
Le cœur du dossier repose sur les déclarations controversées formulées par le maire de Saint-Denis au début de la semaine. Bally Bagayoko s’est rendu à plusieurs reprises sur les points de blocage locaux, notamment lundi et mardi devant le lycée Paul-Éluard · un établissement de sa commune où la mobilisation a été particulièrement intense · marquée par le renversement partiel de la grille d’entrée principale. Interpellé sur la teneur des heurts constatés sur place, l’élu a affirmé que « la violence, à un moment donné, peut être légitime », tout en nuançant immédiatement son propos en précisant que « chaque fois qu’on peut l’éviter, c’est mieux ». Cette déclaration a immédiatement déclenché une tempête politique, les opposants à l’édile y décelant une ambiguïté coupable face au respect des lois de la République. Bien qu’il affirme aujourd’hui appeler à la modération, les propos de l’édile assimilant la violence à une forme d’action politique légitime ont provoqué un tollé auprès des autorités de l’État. Pour la préfecture, de telles formules prononcées par un magistrat municipal, dépositaire de l’autorité publique, franchissent la ligne rouge de la légitimité.
La défense de l’élu face aux accusations
Face au signalement judiciaire du préfet Patrice Faure et aux critiques de l’exécutif, Bally Bagayoko assume pleinement son positionnement et défend sa présence auprès des jeunes. L’édile estime que la place d’un élu local est d’être présent sur le terrain lors des crises, dressant un parallèle avec ses engagements antérieurs en faveur des travailleurs sans papiers ou lors des grandes mobilisations citoyennes pour la défense des services publics de proximité. Pour sa défense, le maire de Saint-Denis rejette toute accusation d’incitation à la haine ou à la destruction de biens. Il assure avoir personnellement enjoint les lycéens à la prudence en leur demandant de ne pas prendre de « risques inconsidérés ». Bally Bagayoko a par ailleurs inversé la responsabilité des tensions en dénonçant le comportement des forces de l’ordre sur le terrain, affirmant avoir lui-même été aspergé de gaz lacrymogène au cours des face-à-face du début de semaine. L’élu insoumis justifie sa présence physique aux abords des lycées en invoquant sa responsabilité d’accompagnement de tous ses administrés et en appelant les autorités à la désescalade policière.
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Une dimension nationale à l’approche de la présidentielle
Au-delà de la situation spécifique de la commune de Saint-Denis, cette affaire s’inscrit dans un bras de fer politique d’ampleur nationale, à sept mois de l’élection présidentielle. Les blocages lycéens sont devenus le nouveau terrain d’affrontement entre la majorité gouvernementale et La France insoumise, chaque camp cherchant à imposer son récit des événements. Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, est intervenu directement sur le réseau social X pour fustiger la « surenchère irresponsable » de la part de plusieurs élus insoumis, qu’il accuse de chercher à étendre les blocages d’établissements scolaires. De son côté, le leader de LFI, Jean-Luc Mélenchon, a immédiatement répliqué en prenant la défense de Bally Bagayoko et en accusant l’exécutif d’avoir délibérément ordonné la répression violente des contestations de la jeunesse. Ce conflit illustre la polarisation extrême de la scène politique française, où la question du maintien de l’ordre face aux mouvements sociaux s’impose comme un enjeu électoral majeur.