- Seule femme et unique représentante chrétienne du gouvernement de transition syrien formé en 2025, Hind Kabawat pilote le ministère du Travail et des Affaires sociales.
- La ministre s’inspire du prêtre jésuite Paolo Dall’Oglio pour promouvoir le dialogue interreligieux comme outil de réconciliation après la chute de Bachar al-Assad fin 2024.
- Le pays reste sous haute tension, marqué par les massacres de 1 500 membres de la minorité alaouite en mars 2025 et l’intégration récente des institutions kurdes.
Une figure singulière au sein de la transition syrienne

À la suite de l’effondrement du régime de Bachar al-Assad à la fin de l’année 2024, consécutif à une offensive militaire éclair, la Syrie s’est engagée dans une phase de transition politique complexe et incertaine. Au sein de ce nouveau gouvernement provisoire, composé majoritairement d’anciens rebelles issus de factions islamistes, la nomination de Hind Kabawat en 2025 au poste de ministre du Travail et des Affaires sociales a marqué les esprits. Avocate de profession, universitaire et militante de longue date pour la paix, elle détient une double spécificité : elle est à la fois la seule femme et l’unique personnalité de confession chrétienne à siéger au sein de cet exécutif de transition. Hind Kabawat incarne une voix de modération unique au sein d’un exécutif de transition dominé par d’anciens rebelles. Son rôle est stratégique dans un pays qui cherche à redéfinir son identité nationale tout en gérant les fractures béantes laissées par plus d’une décennie de guerre civile dévastatrice. Elle doit ainsi composer avec des forces politiques aux aspirations parfois contradictoires, oscillant entre des volontés de laïcisation et des revendications de nature religieuse.
L’héritage spirituel et politique du père Paolo Dall’Oglio
La trajectoire de Hind Kabawat est intimement liée à celle du père Paolo Dall’Oglio, un prêtre jésuite italien célèbre pour son engagement infatigable en faveur de la coexistence pacifique et du rapprochement entre chrétiens et musulmans en Syrie. Sur le bureau de la ministre, aucun portrait officiel de dirigeant politique ne figure ; seul trône le visage de ce religieux qui fut son mentor spirituel et intellectuel. C’est sous cette influence que la ministre a développé sa vision politique, centrée sur le compromis et le rejet des extrémismes. Récemment reçue au Vatican pour une audience avec le pape Léon XIV le 9 septembre, en marge d’une conférence internationale sur le dialogue interreligieux organisée par le KAICIID à Rome, elle a réaffirmé que la reconstruction physique du pays ne pourrait se faire sans une reconstruction morale et relationnelle préalable. La ministre du Travail place son action sous le patronage spirituel du père Paolo Dall’Oglio, figure historique du dialogue islamo-chrétien en Syrie. Selon elle, l’apprentissage de l’altérité et la recherche constante de ponts entre les différentes communautés sont les seules voies viables pour prémunir le pays contre un retour de la dictature ou une partition de fait.
L’intégration des Kurdes et le défi de l’unité nationale
L’un des défis majeurs du gouvernement de transition réside dans la gestion de la diversité ethnique et confessionnelle de la Syrie, véritable mosaïque composée de sunnites, de Kurdes, de Druzes, d’Ismaéliens, de yézidis, d’Alaouites et de chrétiens. Dans cette optique, Hind Kabawat a salué une avancée majeure concrétisée à la fin du mois d’août : l’officialisation de l’intégration des structures administratives, civiles et militaires du territoire kurde · auparavant autonomes · au sein des institutions de l’État central syrien. Cette fusion est considérée par la ministre comme l’un des accomplissements les plus significatifs du pouvoir de transition à ce jour. L’achèvement de l’intégration des institutions civiles et militaires kurdes fin août constitue l’un des premiers jalons majeurs de l’unification étatique. Ce ralliement institutionnel permet d’envisager une normalisation des relations entre la majorité arabe et la minorité kurde, même si le chemin vers une administration fédérale ou décentralisée harmonieuse reste semé d’embûches et de discussions constitutionnelles serrées.
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Des tensions persistantes et un lourd bilan sécuritaire
Malgré ces avancées institutionnelles, la réalité du terrain post-Assad demeure extrêmement violente et instable. Le pays panse des plaies encore ouvertes, exacerbées par des épisodes sanglants récents. En mars 2025, des massacres de grande ampleur ciblant spécifiquement la minorité alaouite · confession à laquelle appartenait l’ancien clan présidentiel · ont coûté la vie à environ 1 500 personnes. Une enquête indépendante menée par l’agence Reuters a mis en lumière la responsabilité de milices et de forces alignées sur le gouvernement de transition dans ces exactions. Parallèlement, des heurts violents opposent régulièrement la communauté druze à des tribus bédouines dans les provinces méridionales, tandis que les cellules résiduelles de l’organisation État islamique continuent de mener des actions de guérilla meurtrières dans l’est du pays, ciblant indifféremment les forces gouvernementales et les combattants kurdes. La persistance des violences confessionnelles, illustrée par le massacre de 1 500 Alaouites en mars 2025, rappelle la fragilité extrême du processus de transition. Face à ces violations répétées des droits de l’homme, Hind Kabawat concède que des années de totalitarisme et de pauvreté absolue ont exacerbé les replis identitaires et le sectarisme au sein de la population civile.
La représentativité des femmes comme pilier de la reconstruction
Pour Hind Kabawat, la refondation démocratique de la Syrie exige l’élaboration d’une constitution moderne garantissant l’égalité absolue de tous les citoyens devant la loi, sans distinction de genre ou de religion. Elle insiste sur le fait que ni les laïcs les plus stricts ni les religieux les plus rigoristes ne pourront imposer unilatéralement leur modèle à l’ensemble de la société. Dans cette quête d’équilibre, la ministre déplore vivement la marginalisation des femmes dans la haute administration gouvernementale, rappelant leur rôle crucial pour maintenir la cohésion sociale durant les quatorze années de conflit armé. Elle a personnellement interpellé le président Al-Charaa sur cette sous-représentation criante lors de la formation de l’équipe gouvernementale. Bien que le chef de l’État ait promis des nominations féminines futures à des postes de haute responsabilité, la ministre a d’ores et déjà pris des mesures concrètes au sein de son propre portefeuille. Face à la sous-représentation féminine au sommet de l’État, Hind Kabawat s’engage à féminiser les structures décisionnelles de son propre ministère. Elle a ainsi annoncé que la moitié des quatorze directions régionales du ministère du Travail et des Affaires sociales seraient très prochainement confiées à des femmes, posant ainsi un acte politique fort pour l’avenir de la parité en Syrie.