- La guerre en Iran provoque une flambée historique des prix du carburant à sept mois du scrutin présidentiel de 2027.
- La gauche se divise entre le blocage des prix proposé par Jean-Luc Mélenchon et la baisse des taxes prônée par Fabien Roussel.
- À droite et à l’extrême droite, Marine Le Pen et Bruno Retailleau privilégient un allègement fiscal malgré des obstacles juridiques.
- La majorité sortante et les socialistes d’Olivier Faure refusent une baisse générale des taxes et préfèrent des aides ciblées.
Un contexte international sous haute tension énergétique

À sept mois du scrutin présidentiel de 2027, la question du pouvoir d’achat s’impose à nouveau au sommet de l’agenda politique, propulsée par l’envolée des prix du carburant à la pompe. Cette flambée, exacerbée par le conflit armé en Iran, ravive l’inquiétude d’une crise sociale majeure au sein de la classe politique française. Les décideurs gardent en mémoire la mobilisation des Gilets jaunes en 2018, dont le facteur déclencheur initial était précisément la fiscalité sur le carburant. Dans ce climat d’incertitude, accentué par des appels à la mobilisation sur les réseaux sociaux, les différents prétendants à l’Élysée s’efforcent d’avancer des réponses structurelles lors de leurs interventions publiques, à l’instar du grand oral organisé devant le Medef. La crise géopolitique au Proche-Orient ravive le spectre d’une crise sociale d’ampleur similaire à celle des Gilets jaunes en 2018.
À gauche : entre baisse des taxes, blocage des prix et menaces de nationalisation
Au sein des forces de gauche, les stratégies divergent pour juguler la hausse des prix. Fabien Roussel, candidat du Parti communiste français (PCF), propose une double mesure d’urgence : la suppression des certificats d’économie d’énergie (CEE) appliqués aux carburants depuis le 1er janvier 2026, évaluée à 15 centimes par litre, combinée à un abaissement de la TVA de 20 % à 5,5 % sur les carburants (soit 15 centimes supplémentaires). Le secrétaire national du PCF promet ainsi une réduction immédiate de 30 centimes par litre à la pompe. Pour financer cette mesure, il suggère de ponctionner les bénéfices du groupe TotalEnergies, brandissant la menace d’une nationalisation de l’entreprise si celle-ci refusait de réduire ses marges. De son côté, La France insoumise (LFI) privilégie la voie réglementaire. Jean-Luc Mélenchon prône un blocage pur et simple des prix, son mouvement défendant un tarif plafond fixé à 1,70 euro le litre. Cette orientation est portée au Parlement par une proposition de loi d’Aurélie Trouvé, qui prévoit la possibilité de geler, pour une durée de trois mois renouvelable une fois, les tarifs de l’essence, du gaz et de l’électricité en situation de crise internationale. Le camp de la gauche radicale et communiste privilégie des interventions directes sur le marché et la fiscalité.
La droite et le Rassemblement national ciblent la fiscalité indirecte
À l’extrême droite et à droite, l’accent est mis sur la réduction de la fiscalité de l’État. Marine Le Pen, présidente du groupe Rassemblement national (RN) à l’Assemblée nationale, propose de ramener la TVA sur les carburants de 20 % à 5,5 %, tout en réduisant l’accise sur les produits pétroliers. Toutefois, cette proposition se heurte à des contraintes réglementaires majeures, le droit de l’Union européenne ne permettant pas actuellement une telle baisse unilatérale de la TVA sur les carburants sans une renégociation préalable des règles communes. Du côté des Républicains, Bruno Retailleau avance également l’hypothèse d’une TVA à 5,5 % pour soulager les ménages. Lors d’une conférence de presse consacrée au pouvoir d’achat, le candidat de droite a affirmé qu’il était possible de réduire le prix du plein de manière immédiate et « sans un euro de dette », tout en se montrant sceptique quant à l’efficacité d’un encadrement des marges des distributeurs. L’allègement de la fiscalité indirecte constitue le principal levier défendu par les oppositions de droite et d’extrême droite.
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Le Parti socialiste et la majorité sortante misent sur la régulation et le ciblage
Face aux propositions de baisse généralisée des taxes, le Parti socialiste et les courants issus de la majorité présidentielle adoptent une posture mais plus mesurée. Le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, écarte les baisses fiscales globales au profit d’aides ciblées destinées aux ménages contraints d’utiliser leur véhicule pour travailler, ainsi qu’un renforcement du chèque énergie. En référence à la taxe intérieure sur les produits pétroliers (TIPP) flottante mise en œuvre sous le gouvernement de Lionel Jospin, Olivier Faure propose également d’utiliser les réserves stratégiques de pétrole de l’État comme mécanisme amortisseur. Dans le camp macroniste, Gabriel Attal invite les distributeurs à s’engager dans un plafonnement de leurs prix de vente, tout en plaidant pour des dispositifs ciblés envers les « grands rouleurs ». Édouard Philippe, quant à lui, refuse de s’engager sur une baisse globale des prix à la pompe, préférant orienter le soutien public vers les automobilistes les plus dépendants de leur véhicule et accélérer la transition vers l’électrification du parc automobile. Les forces modérées et gouvernementales rejettent les baisses de taxes généralisées au profit de dispositifs d’aide ciblés.
Une rupture doctrinale avec les propositions de la campagne de 2022
La confrontation actuelle autour des prix de l’essence témoigne d’une évolution des discours par rapport à la dernière élection présidentielle. En 2022, les candidats s’affrontaient sur des promesses de plafonnement très précises (comme un blocage des prix à 1,40 euro ou 1,80 euro) ou sur la suppression intégrale de la TVA sur la TICPE. En 2027, les positions se structurent autour de choix politiques et philosophiques plus profonds. Les débats se cristallisent désormais sur l’arbitrage entre une baisse globale de la fiscalité nationale, la mise en place d’un bouclier réglementaire de blocage des prix, le déploiement d’aides financières ciblées ou l’accélération de la sortie définitive des énergies fossiles. Dans une campagne électorale dominée par l’incertitude géopolitique, l’arbitrage énergétique s’annonce décisif pour l’accès à l’Élysée. Les stratégies actuelles révèlent une plus grande prudence budgétaire et réglementaire comparée aux promesses de la précédente élection présidentielle.